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La caresse

La caresse est le geste érotique par excellence, mais ne fait qu’effleurer le corps de l’autre. Elle ne peut jamais s’en emparer.

J

J’aime ton corps, j’aime tes os, j’aime ta peau qui dépasse, j’aime ta peau qui se lisse à mes yeux, j’aime quand tu gambades, quand tu sautilles, quand tu jouis d’être un corps en liberté, quand tu décrètes que tes yeux seront là et moi je prie pour que ça soit sur moi. Quand tu chantes, car tu chantes juste et ça me réchauffe. Car tu aimes la justesse et cette délicate et fine justesse, c’est ta poésie. Tu es belle quand tu penses, quand tu sais et que tu vois les choses par leurs formes, qu’elles sont suspendues à tes yeux à ton coeur, car ta raison est resplendissante, ta raison est un soleil. Et ta pensée se marie à ta raison et moi je vibre de cette union si puissante. De tes petits yeux glissent des accents de lucidité, à la lueur de tes yeux grandit mon coeur, à la lisière de ton regard je pâlis, car il délivre un bonheur ludique, un sentiment heureux, une intimité chaude, un amour du beau que le reflet de tes yeux te rend si bien.

Tout doux

Tout doux
J’veux qu’on soit tout doux
Que tu sois tout doux
Moi je suis tout doux

Parle-moi
Dis-moi tout
Fais-moi jouir
Ton regard
Tes mots doux
Prend ma main
Prend ma bouche
Effleure-moi
Baise-moi fort
Frissonne-moi
Taquine moi
Bouscule-moi
Apprends-moi
Raconte-moi
Fais-moi voir
Montre-moi
Fais-moi rire
Déplace-moi
Décoche-moi
Encoche-moi
Emmène-moi
Tes deux yeux
Les deux miens
La forêt
Ta musique
Tes cailloux
Ton visage
Dans la brume
Ton sourire
Quand tu tombes
Quand tu blagues
Quand t’expliques
Quand tu sais
Quand tu veux
Quand tu doutes
Quand t’as peur
Quand t’as mal
Quand tu m’aimes
Quand tu ris
Quand le jeu
Tu l’écris
Quand tu danses
Quand tu filmes
Quand tu cherches
Quand tu luis
Dans mes yeux
Comme un phare

Tu respires
Et la ville
Ses lumières
Ta chaleur
C’est facile
C’est trop bon
J’pense à rien
J’pense à rien
J’pense à rien
Juste à toi
Juste à moi
Avec toi

Toi et moi (tout doux)
Ton amour
Qui t’es toi
Ce regard
Un silence
Tu m’angoisses
Dis pas ça
On dirait que
Dans ma tête
Je ne sais pas
Recule
Me touche plus plus
Vas-y sors
J’veux plus rien
Plus ton souffle
Plus ton odeur
Plus ton corps
J’ai peur
J’ai mal
J’comprends plus
C’est noué
Dans ma gorge
Il y a un nœud
Un casse-tête
J’veux t’résoudre
Me répandre
Me résoudre
Sans attendre
J’veux chialer
Sans un bruit
Bruyamment
Et les deux
En même temps
En marchant
En fumant
En chantant
J’veux sentir
Ton absence
La carence
Et le poids
Et l’écho
De mon vide
Qui s’étend
Sans le tient
Comme avant
Subitement
Dans mon cœur
Tu as l’air
D’être indigne

Nous sommes forts
Mais si fort
Car nous sommes
sûr d’être deux
Nous aimons
Aussi fort
Qu’il se peut

Une bougie
Ça se souffle
Une flamme
Ça vacille
Tu as peur
Je panique
Je trébuche
Tu ramasses
Tu te haies
Contre moi
Je me hais
Pour cette fois
Toi et moi
Non miscibles
Impossible
de s’étreindre
Impossible
de s’atteindre
Tous les mots
Sont bloqués
Les émotions
Gardées
Nous brûlions
Tous les deux
Aujourd’hui
Je te brûle
Sans attendre
J’veux chialer
Sans un bruit
Bruyamment
Et les deux
En même temps
En marchant
En fumant
En chantant
J’peux sentir
Ton absence
La carence
Et le poids
Et l’écho
De mon vide
Qui s’étend
Sans le tient
Comme avant
Subitement
Dans mon cœur
Tu était là
Tout à l’heure

Nous étions
Sur qu’à deux
Nous serions
Invincibles
Nous étions
Sur qu’à deux
Nous serions
Invincibles
Nous étions
Sur qu’à deux
Nous serions
Invincibles
Nous étions
Des lueurs
Des chaleurs
Invincibles

Je sais pas j’t’ai dit
Tout, tout doux
J’veux qu’ça soit
Moi je suis
Moi je suis

Premiers mots

J'ai choisi de vous donner ces premiers mots.
Je n'avais jamais parlé avant.

Tu es déjà dans la nuit

Voilà que je roule vers la nuit, de ce mouvement qui me donne l'impression de laisser derrière moi quelque chose, un passé ou un être, si bien que j'observe sereinement filer sur ma gauche le décor de l'Alsace.
Toi, à qui je pense et j'écris, tu es déjà dans la nuit, devant moi, et je te rattraperai quand tu liras ces mots.

La possibilité

Sans qu’un possible ne se fasse
Sans qu’un possible
Sans qu’une possibilité
Sans qu’une possibilité ne se fasse
Il n’y a pas de possible qui se fasse
Ce n’est pas possible
Il n’y a aucune possibilité
Regarde comme c’est puissant
Comme c’est fort
Comme c’est beaucoup trop grand
Sans qu’un possible ne me porte
Sans qu’une possibilité
Sans aucune possibilité qui ne me porte
Sans aucune possibilité
Sans l’éventualité de
Sans rien qui soit éventuel
Sans éventuel éventuellement
Il n’y a rien
Il n’y a aucune éventualité
Comme c’est beaucoup trop fort
Comme c’est grand
Regarde, si tu peux regarder, comme c’est palpable
C’est beaucoup trop fort pour moi
Regarde, si tu peux y arriver, regarde
Comme c’est haut, trop haut
Comme c’est volatile
Alors que c’est épais
Sans aucune possibilité
Sans possible
Sans qu’il n’y ait l’ombre d’une possibilité
Il n’y a que l’ombre d’un doute
Comme il est dur de ne pas douter
Comme c’est incroyablement difficile d’oser croire
Sans aucune possibilité, c’est dur
Sans que rien ne se fasse, c’est les doutes, c’est dur
Il n’y a que l’ombre d’un doute
C’est une ombre
C’est inimaginable de concevoir ce point de lumière
C’est impensable de penser percevoir ce point de lumière
S’il pouvait être un jet
Comme c’est dur d’être dans l’ombre du doute
Peut-être
Peut-être
Peut-être, c’est impensable, mais
Peut-être
Peut-être serait-il envisageable que
Peut-être, comme j’aime ces mots, dans le doute
Serait-il possible d’envisager l’impensable ?
Peut-être alors, mais c’est dur
Sans aucune possibilité, c’est dur
C’est difficile, d’être dans l’ombre d’un doute
Peut-être, vais-je pouvoir faire un pas de côté
Peut-être si c’est possible
Si c’est envisageable
Je ne sais pas si c’est possible
Si j’ai le droit d’envisager l’impensable comme possible
Comme possibilité
Pour qu’un possible se fasse
Pour qu’une possibilité
Peut-être c’est possible, seulement si j’y crois
Si j’y crois, si je pense pouvoir l’impensable possibilité
Se faire
Si j’y crois
Peut-être un pas de côté, peut-être un jet de lumière
Peut-être l’ombre d’un doute loin et moi là, dans la lumière
Si j’y crois
Si je tends vers, si je tends vers ça
Ça et rien d’autre
Pas d’autre chose à faire
Il n’y a que cette possibilité qui ne puisse se faire
Si je fais un pas de côté alors c’est la lumière
Ce n’est plus le doute.
Si j’y arrive, si j’y crois,
C’est difficile d’être dans l’ombre d’un doute
Mais il y a l’ombre, donc il y a de la lumière
Si je fais un pas de côté,
Il y a moyen que cela
Puisse se faire.

Le Chaos

Voilà que l'on me dit qu'il est impossible de prévoir. Que l'on me dit que les modèles linéaires ne peuvent pas l'être, que l'exactitude d'un comportement ne peut se prévoir à long terme, que sa trajectoire est même insoupçonnée.
Une si petite chose, finalement, en recèle de si grandes.
Monde de l'imprévisibilité, monde quantique et de nature probabiliste, tu mets en évidence une incertitude à l'égard de tes propres atomes, de tes propres particules. Tu dis que tu ne peux savoir à la fois la vitesse et la position de l'une d'entre elles. Tu sais que la séparabilité des éléments n'existe pas et que s'influencent les choses.
Ce satané papillon sait maintenant qu'il peut déplacer ses ailes et ne pas s'étonner de ta sensibilité, toi, si sensible aux conditions initiales, toi, régi par des lois rigoureuses et parfaitement déterministes, toi, dont les prédictions semblaient possibles, toi, système dynamique simple traduit en équations complexes, ce satané papillon t'a pourtant ému.
Au travers d'un attracteur étrange ton futur prend la forme d'une figure géométrique de structure complexe et parcourue au hasard. Étrange structure fractale, étrange que d'apercevoir les formes de l'avenir, déterminées au hasard. Étrange contradiction que d'essayer de te dessiner, de te voir.
Tu développes des capacités d'auto organisation, à travers ton système à structure dissipative et loin, très loin de l'équilibre. Monde, tu es spécifiquement imprévisible. Tu fais jaillir de nouvelles bifurcations, à partir desquelles surgit un nouvel état possible. Tu te comportes individuellement instable et innovant, ce qui se répercute à tout ton système. Tu ne peux même pas savoir à quelle vitesse ces agissements vont influencer ta propre complexité.
Cette si simple impondérabilité, peut nourrir une source d'ordre nouvelle dont affleurent des états nouveaux de la matière.
C'est un fait, tu es loin de l'équilibre.
C'est un fait, tu es ému par l'inconstance des choses.
C'est un fait, tu ne détermines que ton propre présent.
Et l'évolution des trajectoires stellaires dans la galaxie donne, une musique, inaudible.
Le chaos, c’est le néant, le néant, l’absence même de l’orgue, c’est le silence et l’inaudible. Comment faire entendre cette inaudibilité, comment faire ressentir le poids et l’espace de ce silence ?

Sur l'harmonie

En réponse à Anne

Oh ma belle, merci pour ton message.
Je suis vraiment heureux que tu aies pu l’écouter.

Je pense oui, je crois, que le chaos est indissociable de l’harmonie. L’harmonie pure, stable et intemporelle n’existe pas. Chaque fois que l’on essaye de définir un état d’harmonie, un dispositif harmonieux, un concept parfait, on échoue. Car à peine on le construit, que l’état se transforme et que l’harmonie nous échappe. C’est l’erreur que j’ai faite au début de mon mémoire, de croire que je pouvais trouver l’harmonie et la transformer en son.
L’harmonie est donc le poisson du fleuve que l’on ne peut attraper de ses mains, sauf à le tuer.
C’est peut-être ça finalement, la beauté de l’harmonie, c’est qu’elle nous dépasse. C’est qu’on peut l’entrevoir essentiellement qu’au présent, un instant T qui a déjà filé.
Le chaos, cette inconstance des choses, est donc le camarade de l’harmonie. Tous les deux font le monde.
Si le chaos est le père de l’harmonie, alors c’est en fécondant la Joie qu’il lui donne naissance. Cette joie de vivre, tendue vers la lumière, vers le monde.
Je ressens l’harmonie comme un fleuve, long, parfois calme, parfois tumultueux, qui est simultanément large et aussi fin qu’un ruisseau, sur lequel nous voguons et dont l’erreur serait de vouloir rejoindre sa source en même temps que la mer dans laquelle il se jette.

J’espère que tu as pu te reposer après cette insomnie.

Je t’embrasse très fort

Philosophie de la caresse

En réponse à Mathilde

Sur les deux rapports à "l’autre", c’est une métaphore de la différence entre les deux conceptions de la phénoménologie de Husserl et de Levinas. Le premier pense « à » l’autre, le second pense « pour » l’autre. Levinas met l’empathie comme évènement zéro de l’être, la rencontre est avant toute chose, avant même le début de la science de l’être. Car pour lui, dans la position de Husserl, et à la base de la conception philosophique occidentale, je colonise l’autre, pour le ramener à moi. Levinas, en homme doux, pense l’autre avant tout. Il dépasse alors une philosophie de la violence, pour essayer d’atteindre une philosophie de la caresse.

L'absence de sommeil

C'est toi qui me berces
Qui appuies l'originelle inconstance de mon cerveau.
Qui révèles les sillons furieux de mon crâne, dans lesquels je me plonge et navigue, comme en eaux vives.
Ces sillons sont la vraie nature qui me porte.
Cette nature dont l'apparition peut m'effrayer.
Car je l'ignore, la façon dont mon crâne est gravé.

Vision large et fine

J'ai peur de ne pas pouvoir dormir sans
Mais je ne peux plus me réveiller avec

Pourquoi l'effet est-il si fort ?
Comment garder cette vision large et fine ? Ce bonheur ? Ce plaisir ? Cette envie ? Cette sereine énergie ?
Comment la garder bordel ? Elle fuit partout.
Comme un poisson dans une rivière que j'essaye d'attraper.
Comme un morceau de coquille d'œuf tombé dans le blanc et qu'on essaye de chopper.

C'est un cercle vicieux qui arrive si vite. Je m'ennuie, alors je ne saisis pas bien ma place dans le contexte, alors j'ai l'impression que le contexte échappe à ma compréhension, je me dis que des choses m'échappent puisque je ne me sens pas connecté bien que les autres le semblent. J'angoisse ainsi, de ne pas pouvoir cerner le contexte alors que les autres si. Alors je me remets en question et cette remise en question est négative. Alors j'angoisse, je cerne encore moins le contexte, alors je me remets encore plus en question... Ainsi de suite jusqu'à l'anéantissement de ma personne, de mon identité. Puisque tout phénomène cognitif ou événement concret est médiatisé, broyé, par ce mécanisme infernal. Anéantissement alors de toute énergie, de toute envie.
Je sens parfois que j'arrive à enrayer ce mécanisme si quelque chose de propice m'arrive au tout début, quand je le sens qui commence. C'est nouveau, et c'est positif.

Je sens qu'une part de moi arrive à influencer légèrement cet enrayement, mais dans l’ensemble il dépend des événements qui m'arrivent et qui guident mes pensées.
Car quand le processus est enclenché ma vision large et fine est totalement éteinte, le monde n'est plus une complexité vaste et curieuse de visages, mais un océan gigantesque et je baigne dans le monde comme on baigne dans la mer au grès des vagues et des courants. Sans vision large et sans finesse sereine. Je bois la tasse positivement et négativement. Je m'épuise à nager dans tous les sens. Et une trop grosse vague peut très rapidement me couler.

Cet état est celui dans lequel j'ai été toute ma vie jusqu'à septembre dernier. Jusqu'à la découverte progressive et par touche, de ce que j'appelle la vision large et fine, et que j'ai concrètement défini et nommé ces derniers mois et surtout depuis le 18 avril et le début de ma lecture de "Entre-nous" de Levinas.

à t'imaginer là

Ca m'énerve de bander à t'imaginer la. De sourire a t'imaginer la
De rougir a t'imaginer la
De penser à t'imaginer la
De t'aimer a t'imaginer la

Ce soir

Ce soir c’est le temps des connections
C’est l’heure où la ville pèse sur ma solitude
Où je ne peux plus tendre les bras vers
Mais où mon coeur pensent à vous tous

Le temps pèse, il déborde
De chacun de mes trous
Et à l’interieur d’eux
Il résonne.

Je suis là
Je m’épuise
Comme je suis immobile.
Comme je me sens seul.
Comme c’est con.

Ma main fume
Ma gorge boit
Et je dois marcher
Je dois me stopper quelque part
Droit, rigide
Sentir cette ville
Peut-être y a t-il des bras tendus quelque part ?

Le temps pèse mes yeux qui pleurent
Le temps pèse ma main qui fume
Le temps pèse ma gorge qui boit

S’il y a des choses a faire,
c’est sur,
Bas je n’ai pas envie.
J’ai envie qu’on vienne me faire les choses
Qu’on vienne là, vite
Que l’on tire mes bras,
Que l’on tienne ma tête
Que l’on serre mon dos
Que l’on respire mon cou

Il y a des rires qui trainent
C’est sur,
Il y a aussi de la joie.
Je ne sais même plus saisir.
S’il vous plait, qu’on me vienne en aide.

Note de 1 Boulevard de la Bataille de Stalingrad

Je veux faire de ta journée une journée unique et magnifique

METZ - LYON 12/10/2014

Pour la réalité du geste
Pour l'existence
Il devient nécessité