prix Albert-Londres pour Allan Kaval

Le prix Albert-Londres 2020 décerné au journaliste du « Monde » Allan Kaval pour ses reportages en Syrie

Le 82e prix de la presse écrite a été remis à notre confrère pour son travail dans un centre de détention géré par les forces kurdes, où croupissent les derniers irréductibles du « califat » de l’organisation Etat islamique.

Par Aude Dassonville

Le Monde,  05 décembre 2020 

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Allan Kaval, à Kobané, en Syrie, en 2017.
Allan Kaval, à Kobané, en Syrie, en 2017. LAURENCE GEAI


Le jury du prix Albert-Londres a remis, samedi 5 décembre, à Paris, sa 82distinction dans la catégorie presse écrite au journaliste du Monde Allan Kaval, 31 ans, pour son travail au cœur de l’« enfer syrien ».

« La mort a une odeur. Le désespoir aussi ; son effluve se mêle à celui de la maladie, de la dysenterie, de la chair humaine que la vie, peu à peu, abandonne. » Dès les premières lignes de ce reportage publié le 31 octobre 2019, « Dans le nord-est de la Syrie, la mort lente des prisonniers djihadistes », les mots d’Allan Kaval aimantent le lecteur pour l’entraîner dans un sombre repli des entrailles du monde, situé à la lisière du Nord-Est syrien et de l’inhumanité. Un endroit noir comme le drapeau de Daech, qui a flotté sur les existences des prisonniers étiques, malades, blessés, que le journaliste avait rencontrés et dont personne ne veut : les ultimes combattants, de tous âges et de toutes nationalités, de l’organisation Etat islamique (EI).

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« Précis, pudiques… [Ses] portraits empreints d’humanité se conjuguent avec une analyse pertinente qui aide à la compréhension », a estimé le jury du prix Albert-Londres, présidé par l’ancien grand reporter Hervé Brusini. Le texte aux accents dantesques était accompagné de photographies de Laurence Geai, instantanés orange et gris de cet enfer carcéral ; les deux reporters étaient accompagnés sur le terrain de leur fixeur, Aref Mohammed.

« Fou de joie »

La récompense, peut-être la plus prestigieuse du métier, a été remise à son récipiendaire par écran interposé. Les félicitations et les embrassades attendront encore : grièvement blessé dans les bombardements de la petite ville de Martouni, début octobre, dans le Haut-Karabakh, avec le photographe Rafael Yaghobzadeh, Allan Kaval est toujours hospitalisé. « Il y a encore pas mal de boulot avant que je puisse sortir, mais les choses suivent leur cours », déclare sobrement ce dernier, « fou de joie » de recevoir ce prix.

Depuis l’hôpital parisien où il aperçoit le bâtiment du journal, il sait que rien n’a vraiment changé sur les lieux de son reportage. « Il y a eu des tentatives de mutinerie, mais aucune réponse judiciaire n’est encore envisagée pour cette prison laissée à la surveillance des forces kurdes par la coalition internationale, et qui relève de l’oubliette dangereuse, souligne-t-il. Ce centre est une zone grise où le droit n’a pas cours et où, en définitive, l’EI a réussi à imposer son monde. »

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Ce prix s’ajoute au prix Bayeux des correspondants de guerre qu’Allan Kaval a reçu en octobre, ainsi qu’au prix Ouest-France Jean-Marin. Il en partage l’honneur avec, dans la catégorie audiovisuelle, les reporters de Capa France Sylvain Louvet et Ludovic Gaillard, auteurs du documentaire diffusé par Arte Tous surveillés, 7 milliards de suspects, qui alerte sur l’inquiétante intrusion des technologies de la surveillance dans nos vies. Dans la catégorie consacrée aux livres, c’est le russophone Cédric Gras que le jury a couronné pour son ouvrage Alpinistes de Staline (Stock, 342 pages, 20,50 euros), consacré au parcours des frères Abalakov, alpinistes sibériens victimes de la terreur stalinienne.

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