La romancière et sa cape anti-grippe aviaire

Une vidéo tourne pas mal en ce moment sur les réseaux, elle présente Fred Vargas qui explique en 2006 les conséquences d'une pandémie ( époque de la H1N1 ) du confinement et de la rupture des stocks rapides de masques ... Etc ... A l'époque elle suscite les rires sur les plateaux. C'est sans savoir qu'elle est archeozoologiste, médaillée du CNRS et a effectué des recherches sur les épidémies de pestes. Un bon article de la revue médicale suisse.

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L'une des caractéristiques remarquables des grandes menaces épidémiques est qu'elles déchaînent de manière presque systématique les imaginations. Une autre de ces caractéristiques est que ces menaces légitiment presque tous les propos, la raison reculant alors aisément devant l'irrationnel. Nous avons ainsi vu, depuis deux ans, quelques prophètes de malheur le disputer à des optimistes acharnés dénonçant les coûteux développements de politiques nationales visant à réduire les conséquences d'une pandémie grippale dont nul ne sait à quoi elle sera due ni quand elle surviendra. Nous avons aussi observé les déclarations contradictoires d'une organisation internationale l'OMS soufflant ici le chaud et le froid et demeurant de ce fait bien présente sur les estrades du spectacle médiatique international. Mais nous avons également vu d'autres organisations la FAO et l'OIE prêcher souvent dans le désert pour que les priorités sanitaires soient inversées et que l'on traite au plus vite la question animale pour réduire les risques d'avoir, dans l'avenir, à traiter de la question humaine.C'est dans ce paysage mouvant et complexe, dans cette déhiérarchisation des priorités qui résume si bien notre époque qu'apparaît, en France, la proposition atypique de quelqu'un qui ne l'est pas moins. Tous les amateurs de romans policiers francophones ont, sinon lu ses ouvrages, du moins entendu parler d'elle. Elle s'appelle Frédérique Audoin-Rouzeau mais signe ses polars sous le nom de Fred Vargas. Elle est aussi chercheuse en archéologie, spécialiste des ossements animaux durant la période médiévale, archéozoologue médaillée de bronze du CNRS. Ses convictions politiques et personnelles font en outre qu'elle a récemment fait longuement parler d'elle en France où elle s'est autopromue «défenseuse» en chef de Cesare Battisti, ancien terroriste italien.Et voici qu'aujourd'hui elle refait parler d'elle dans les colonnes de quelques médias français positionnés à gauche et avec qui elle entretient de bonnes relations. Neuf mois, déjà, de gestation et elle annonce aujourd'hui sur quoi elle travaille : mettre au point une «combinaison anti-H5N1». «Neuf mois qu'elle s'attire au mieux des sourires, au pis des quolibets. Et si la star du polar avait trouvé le moyen d'enrayer une épidémie annoncée ?» s'interroge Le Nouvel Observateur qui vient de lui consacrer une large place, Libération révélant que cette combinaison est «une sorte de cape en plastique, 100% anti-H5N1, qui recouvre tout le corps sans aucun risque de contamination».«Le déni et la dérision sont des grands classiques en cas d'épidémie. Mais si ce n'était pas excessivement sérieux, je ne m'en occuperais pas depuis septembre dernier !» explique-t-elle au Nouvel Observateur, qui rappelle que l'archéozoologue a cherché à comprendre la diffusion de la peste suivant à distance le rat à la trace dans les chantiers archéologiques de toute l'Europe et qu'elle en a tiré une somme, «les Chemins de la peste. Le rat, la puce et l'homme», parue en 2003 aux Presses universitaires de Rennes, lourde de près de 400 pages.De la peste à la grippe, il n'y a certes pas qu'un pas mais dans les deux cas il y a ce que l'«inventeure» nomme «l'âme lourde» de l'humanité, la tendance à la «dislocation sociale». «Le drame, c'est que si je n'étais pas Fred Vargas, on comprendrait tout de suite que c'est très sérieux» poursuit Frédérique Audoin-Rouzeau qui explique que trois catégories de personnes ont échappé à la peste : les gardiens de boucs, les palefreniers qui s'enroulaient dans des couvertures de cheval (les puces détestent l'odeur de ces animaux) et les porteurs d'huile, couverts de gras et imprenables pour les puces. Enquête à la Pitié-Salpêtrière sur la dynamique aérienne des virus grippaux, documentation sur les aérosols et critiques acerbes du plan national français de lutte qui ne prévoit que quelques centaines de millions de masques : «On va envoyer les soignants au front, chez les malades. Ils seront chargés de diagnostiquer, de repérer les vraies grippes des psychosomatiques, de distribuer les médicaments... Tout repose sur eux. Mais on ne leur fournit qu'un masque de type FFP2, qui laisse 10% de risques alors qu'il existe un modèle plus performant, le FFP3, qui protège à 98% ! Je dis que certains médecins déserteront. Quant à nous expliquer qu'il faut mettre la main devant la bouche quand on tousse, merci !»La solution ? La cape bien sûr ! Divers prototypes ont été imaginés, avec cagoule, avec tuba intégré. Le Nouvel Observateur : «Pour l'heure, son projet ressemble à une tenue d'apiculteur en plastique transparent "pour ne pas rendre ça inhumain". On tient facilement une heure ou deux dessous.»Last but not least : «Je veux que cela ne coûte rien à produire et que, même, on puisse le faire à la maison», insiste l'inventeuse, qui refuse à ce jour de le dévoiler, ne serait-ce qu'en photo, de peur qu'«un capitaliste s'en empare pour faire de l'argent sur les peurs des gens».L'idée de l'archéozoologue a séduit le député français socialiste Jean-Marie Le Guen, médecin et président de la mission d'information parlementaire sur la grippe aviaire : «Les gens sérieux croient toujours que seules leurs idées sont sérieuses.» Est-ce dire que les gens non sérieux ont immanquablement des idées qui le sont ?

Sources


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