La Suisse et l'extermination des Juifs

Depuis 2013, les journalistes et le grand public ont accès en ligne à des documents officiels concernant l'attitude de la Suisse vis-à-vis des Juifs durant la Deuxième Guerre mondiale.

Dans la cas présent, ils disposent du dossier intitulé "La Suisse, les réfugiés et la Shoah" et réalisé par la rédaction des Documents Diplomatiques suisses (DDS). Les DDS sont un projet d’édition des documents officiels clefs de la politique étrangère de la Suisse. La sélection et l’édition des documents ainsi que la rédaction de l’appareil critique sont réalisées par une équipe de chercheurs, recrutés dans différentes universités du pays.

Concernant l’attitude et le rôle du Conseil fédéral relativement à l’Holocauste, le dossier des DDS regroupe des documents qui prouvent que, dès fin 1941, des informations sur les déportations "vers l'est" des juifs allemands et sur la situation dramatiques des ghettos de Varsovie, Lodz et Minsk sont connues en Suisse (dodis/11985). Au début de 1942, quelques semaines après la conférence de Wannsee, un déserteur allemand fait à Berne un rapport détaillé des exécutions par balles des juifs d'Ukraine par les Einsatzgruppen (dodis|11994). En mai arrivent les premières photographies de piles de cadavres de juifs exterminés (dodis/32108).

Dès septembre 1943, l'existence des camps d'extermination nazis est connue à Berne (dodis.ch/11958) :

«Auf Grund dieses Dokuments wurde die betreffende Person nicht in ein Vernichtungslager, sondern in ein Internierungslager verbracht, wo sie vermutlich bis zum Ende des Krieges wird bleiben können.»
L'auteur de ce document, Heinrich Rothmund, Chef de la Division de Police de la Confédération de 1929 à 1954, connaissait donc la différence entre les camps de concentration et les camps d'extermination.

Cependant, le Conseil fédéral va non seulement cacher ces informations, mais il décide de restreindre sa politique d'asile. Faute de pouvoir réunir les membres du Conseil fédéral à cause des vacances d'été, une décision présidentielle est prise, dès le 4 août 1942, à l'instigation du Département Fédéral de Justice et Police (DFJP). Les réfugiés entrés illégalement doivent être systématiquement refoulés même s'ils courent un danger de mort:

«auch wenn den davon betroffenen Ausländern daraus ernsthafte Nachteile (Gefahren für Leib und Leben) erwachsen könnten.» (dodis/11986. Document n° 222 du volume 14 (1941-1943) des DDS, p. CX, 720. Cf. aussi les annexes : dodis/11987 et dodis/11988).


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