Sur la route à moto avec un café, un livre, #Spotify et un appareil photo | On the road on a motorbike with a coffee, a book, #Spotify and a camera
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De BlackPearl à CaptainScrambler | Dix ans de Ludovia

2020 est d'ores et déjà une année très particulière, elle l'est encore plus pour moi fin août. En effet, cela fera dix ans que je me suis rendu pour la première fois à Ax-les-Thermes pour participer à Ludovia. Dix ans également d'intégration à l'équipe internationale des blogueurs. A chaque fois, je m'y suis rendu à moto. J'envisage une forme de remake de ma première descente et remontée à moto.

Curieusement, le parcours de mon premier déplacement à Ax-les-Thermes est peu documenté ou les photos sont manquantes.

Pour l'aller, une première étape m'a conduit à Alès par les petites routes quasiment exclusivement. Une deuxième étape via Lodève et Bédarieux.

Pour le retour, une remontée en trois jours en passant notamment par Dignes-les-Bains, Briançon, le Mont-Cenis, le Petit et le Grand-Saint-Bernard.

Cette année, l'idée de base est de me remettre le plus possible dans ces traces du parcours et dans une configuration moto et d'équipement comparables. Cet article se propose de vous présenter et comparer les deux équipages : celui de 2010 et celui prévu pour 2020.

Sur la route de Ludovia 2010 : BlackPearl

Je vous présente la moto et l'équipement avec lequel je me suis rendu pour la première fois à Ax-les-Thermes : ma Suzuki Gladius baptisée du nom de BlackPearl en référence à sa couleur noire et de Pirates des Caraïbes. La voici le jour du départ:

Acquise début 2010, BlackPearl était une Gladius modifiée (pot spécial, spoiler avant, boucle arrière modifiée). Je l'avais découverte à SwissMoto et mon concessionnaire en avait fait l'acquisition. Je lui avait encore adjoint une bulle et un tapis et un sac de réservoir Bagster.

C'était un roadster naked, très léger (moins de 200 kg). Le moteur était un twin bicylindre pêchu de 650cm3 et 75CV qui m'a donné la banane pendant une année. Tellement la banane que j'ai parcouru 15'000km à son guidon en une année.

Cependant, il offrait peu de possibilité d'emport de bagages, notamment en raison des modifications de la boucle arrière. La seule solution pour me rendre à Ludovia a consisté à me munir d'un sac étanche, modèle pour bateau, d'environ 50 litres que vous pouvez observer sur la photo.

Peu faite pour de longs trajets sur l'autoroute, BlackPearl explique largement les choix du parcours pour descendre à Ax-les-Thermes.

Sur la route de Ludovia 2020 : CaptainScrambler

A partir de 2013 et mes nouvelles descente à Ax-les-Thermes, mon équipage a changé de nature. En premier lieu avec une GT CaptainJack, ma BMW RT1200, puis Captain Adventure, deux motos très largement faites pour le voyage.

Bon, en 2018, j'ai choisi de reprendre le sac marin de 2010 pour une descente un peu plus "légère" au guidon de ma GS Adventure, mais la photo permet de constater quelques différences quand même :

Pour se rapprocher au plus près de la première virée de 2010, j'envisage donc de partir avec CaptainScrambler :

Acquise en 2001, CaptainScrambler a actuellement près de 86'000km au compteur. C'est un boxer (bicylindre également) de 85ch, refroidi par air. Au niveau du poids, elle fait près de 240kg tout plein fait.

Elle est un peu plus coupleuse que BlackPearl, peut-être un peu moins agile qu'elle, mais son chassis est très largement supérieur. Parmi les autres avantages, il faut signaler les poignées chauffantes et la transmission par cadran. Globalement la qualité de fabrication est supérieure.

Depuis son acquisition, elle a été largement modifiée pour la scrambleriser (et surtout l'alléger). On peut aussi la considérer aujourd'hui comme un roadster naked. Comme BlackPearl, elle n'est pas prévue, dans sa configuration, pour de longs trajets sur autoroute.

Je dois aussi trouver une solution pour un sac à poser sur la partie arrière.

A son guidon, les sensations de conduite se rapprochent largement de celles connues avec BlackPearl.

A suivre…

Réflexions au salon

Me voilà de retour avec mon iPad Pro 12”9 et son clavier Brydge. C’est une forme très minimaliste en fait de machine écrire. Un écran et un clavier et la frappe au kilomètre. Il me faut retrouver le bon espacement invisibles des touches pour éviter de faire trop de fautes de frappe à l’aveugle. Et ça marche.

Depuis le début du Covid-19, mes iPads sont très largement passés au second plan. Dans mon écosystème numérique, mon MacBook Air ou mon MacBook 12” associé à mon iPhone 8 font la paire. C’est une des surprises du chef de cette période.

Les aspects nomades sont très largement passés au second plan avec le confinement. A cela s’ajoute les contraintes de la productivité dans mon cadre professionnel. Le besoin d’outils spécifiquement multitâches redonne ses lettres de noblesse aux ordinateurs de bureau ou portable.

Je recours également plus à mon ordinateur de bureau et à son grand écran dans le cadre de mes activités quotidiennes. C’est plus reposant et géra le notamment dans le cadre des visioconférences.

Concernant le côté bloc-notes de l’iPad, je recoure aussi et plutôt au papier le cas échéant. Ne serait-ce que pour échapper quelque peu au temps de présence devant écran.

Tout concourt donc pour rétrécir le champ d’utilisation de l’iPad et de mon intérêt à y recourir.

Roadtrip en Emmenthal : Blapbach & Lüderenalp (12.06.2020)

En ce vendredi 12 juin, la journée s'annonce être la plus belle de la semaine et même du week-end. L'objectif du matin est de mettre le paquet pour terminer le travail de la semaine et prendre mon après-midi. Objectif atteint. Je peux alors profiter de cette journée pour rejoindre à moto la région de l'Emmenthal. Moteur et gaz !

Une fois le pique-nique préparé, il est alors temps de monter sur CaptainAdventure et de partir en direction de l'Emmenthal pour découvrir ou redécouvrir des petites routes qui font le charme de cette région.

Après un petit échauffement pour rejoindre Châtel-St-Denis, je prends l'autoroute jusqu'à Rossens. Direction ensuite, le barrage de Rossens où la faim me tenaillant je m'arrête pour pique-niquer.

Je poursuis ensuite en direction du Mouret, de Guggisberg, de Rueschegg et de Wattenwil. Je m'arrête au Café 44 pour un espresso. Il commence à faire chaud (28° degrés).

Après Thoune et Steffisburg, j'entreprends la partie sympathique de la journée en rejoignant le Schallenberg, paradis des motards de la région.

Mais il s'agit pour moi de rejoindre Eggiwil où m'attend mon premier objectif du jour avec la petite route qui conduit à Blapbach.

L'Emmenthal n'est pas seulement un fromage plein de trous, mais surtout une région très vallonnée qui offre à chaque fois à ses sommets des points de vue imprenables sur les Alpes.

La route est étroite et technique depuis Eggiwil, mais elle en vaut largement la peine. En arrivant à Blapbach que je découvre pour la première fois, je ne suis pas déçu. Le paysage est magnifique sur 360° degrés. Un bon plan pour les photos.

J'en profite également pour me désaltérer avant de redescendre en direction de Truschachen et retrouver le réseau des routes principales.

Flèche ensuite à gauche pour rejoindre Bärau, juste avant Langnau, et mettre la flèche à droite en entreprendre la grimpée sur Lüderenalp. J'ai déjà eu l'occasion deux fois de rejoindre Lüderenalp, mais dans l'autre sens.

Le début de la montée est plutôt roulante et facile, puis la déclivité augmente, la route se rétrécit et la montée devient également plus technique. Rien de trop difficile.

Juste avant l'hôtel trônant à Lüderenalp, je m'arrête pour profiter du paysage versant sud. Magnifique.

C'est l'heure des quatre-heures et de finir mon pique-nique.

La descente sur Wasen in Emmenthal serpente à travers la forêt. La route est relativement dégradée et pleines de petits travaux.

A partir de Wasen, il est temps d'entreprendre le trajet du retour. Il me reste quelques petites perles à découvrir ou redécouvrir en passant par de petites routes.

Il en est ainsi de Moosegg où j'en profite pour boire un café en terrasse ou de Zimmerwald.

Pas besoin de partir au bout du monde, pour avoir l'impression de partir à l'aventure et à la découverte de terres inexplorées, le réseau routier suisse offre bien des occasions d'être régulièrement et heureusement surpris.

Je rejoindrais ensuite Guin et l'autoroute jusqu'à Vaulruz avant de rentrer bien heureux à la maison. Entre-temps, la nuit sera tombée.

La galerie des photos de mon Roadbook 2020 :

https://lyonelk.smugmug.com/frame/slideshow?key=Zns24B&autoStart=1&captions=1&navigation=1&playButton=0&randomize=0&speed=3&transition=fade&transitionSpeed=2&clickable=1

tags : roadbook, roadtrip, moto, BMW, 1200GS Adventure, Suisse, Emmenthal

Steve Earle & The Dukes - Ghosts of West Virginia

Steve Earle & the Dukes (Jacob Blickenstaff)

Le 5 avril 2010, une explosion détruit la mine d’Upper Big Branch en Virginie-Occidentale, propriété du géant du charbon Massey Energy. 29 mineurs périssent dans la pire tragédie minière américaine de ces 40 dernières années. Alors que le CEO aurait dû passer le restant de ses jours derrière les barreaux pour avoir enfreint les règles de sécurité protégeant ses employés, il n’écope que d’une amende et de quelques mois de prison. Pire, il se lance en politique… Dix ans plus tard, qui se souvient des victimes ? Steve Earle ! Le pape de l’americana consacre même sa livraison 2020 à cette tragédie que les dramaturges Jessica Blank et Erik Jensen ont transformée en pièce, Coal Country. Le tandem lui avait demandé d’écrire des chansons pour leur spectacle, compositions qu’on retrouve ici agrémentées de quelques autres.

https://youtu.be/qrTBRbaJPU4

Militant anticapitaliste, Steve Earle reste ici militant tout en cherchant à se rendre utile et à faire changer d'avis les pro-Trumps, plus de 68 % des électeurs de Virginie-Occidentale.

“One of the dangers that we’re in is if people like me keep thinking that everyone who voted for Trump is a racist or an asshole, then we’re fucked, because it’s simply not true,” he says in a release. “So this is one move toward something that might take a generation to change. I wanted to do something where that dialogue could begin.” Source : https://www.rollingstone.com/music/music-country/steve-earle-new-album-ghosts-of-west-virginia-958755/

"Un des dangers qui nous guettent est que si des gens comme moi continuent à penser que tous ceux qui ont voté pour Trump sont des racistes ou des connards, alors nous sommes foutus, parce que ce n'est tout simplement pas vrai", dit-il dans un communiqué. "C'est donc un pas vers quelque chose qui pourrait prendre une génération à changer. Je voulais faire quelque chose où ce dialogue pourrait commencer".

https://youtu.be/njCtr_QQ5pQ

Musicalement, comme d'habitude, la voix est rugeuse à souhait. Elle vous saisit dès la première note sur "Heaven Ain't Goin' Nowhere" accompagnée seulement par les choeurs.

Dès le deuxième morceau "Union, God and Country" le violon, le banjo et la batterie vous projettent au milieu des champs. La poussière s'attache à vos basques et vous voilà entraînez dans la sarabande proposée par Steve Earle & The Duke. Earle peint une tranche idyllique de la vie rurale américaine "L'union, Dieu et le pays étaient tout ce qu'ils ont toujours connu / la Virginie Occidentale, dorée et bleue."

Au troisième morceau, vous voilà entre les griffes du diable "Devil Put the Coal in the Ground". Le ton se fait d'un coup plus grave. Vous descendez dans la mine et Steve Earle évoque la fierté des travailleurs lorsqu'ils y descendent.

Par la suite, avant le drame, une dose de mélancolie vous étreint. Non, décidément, le temps n'est jamais de votre côté ("Time is Never on Our Side"), puis le sang se met à couler ("It's About Blood") et Steve Earle égrène le nom des 29 victimes. Pour ne pas oublier :

Il s'agit des pères
Il s'agit de fils
Il s'agit de réveiller les amoureux
Au milieu de la nuit, seul
C'est une question de muscle
C'est une question d'os
Il s'agit d'une rivière plus épaisse que l'eau, et
C'est une question de sang

L'album se conclura avec "The Mine" qui parle d'un homme qui rassure futilement la femme qu'il aime en lui disant que leur vie est sur le point de changer, parce que son frère est sur le point de lui trouver un emploi à la mine...

A l'écoute du disque, la musique est grasse et les jingles de banjo de Earle sont « sont si agressifs qu'on a immédiatement l'impression d'être dans l'été indien dans les montagnes, et on a envie de boire une pinte bourbon.»(stéréoplay, juin 2020)

A consommer sans modération. L'Amérique dans ce qu'elle peut avoir de meilleur, grâce à Steve Earle & The Duke.

Steve Earle & The Dukes - Ghosts of West Virginia

Déconfinement et enseignement à distance : de nouveaux défis, tu relèveras

« Je n'ai plus peur du dimanche soir » (Grand Corps Malade, Dimanche soir, album Plan B)

Alors que nous allons progressivement sortir du confinement pour nous retrouver dans différentes formes de déconfinement ou de semi-confinement , il est important, à mon avis, de me/nous projeter dans le futur proche de nos enseignements du semestre de l'automne 2020 et les suivants et de nous entretenir des nouveaux défis qui nous attendent.

Dans le cadre du passage à un enseignement à distance de crise que nous avons connu à partir de la mi-mars, j'ai eu l'occasion de présenter mes quatre défis (HistoireCafé : mes quatre défis d'un enseignement à distance). Par ailleurs, je mettrai prochainement en ligne mon atelier réalisé sur ce même thème dans le cadre des récentes LUDOVIALES.

Pour la rentrée de l'automne et les prochains semestres, j'ai identifié cinq nouveaux défis dont je vais vous entretenir dans ce (long) billet:

  1. Des formes nouvelles d'hybridation, tu développeras
  2. L'asynchronicité, tu privilégieras
  3. Ton enseignement à distance, tu humaniseras
  4. Propriétaire de tes contenus et de tes données, tu seras
  5. Pour une Science lente (Slow Science), tu t'engageras

En effet, il est probable que cet enseignement à distance est amené à se prolonger au moins partiellement. Ainsi l'Université de Montréal a déjà annoncé le 9 mai vouloir faire en sorte que le semestre d'automne soit essentiellement réalisé au moyen d'enseignement à distance :

Dans un message publié en soirée, le recteur Guy Breton affirme que « seuls certains cours ou certaines portions de cours pourront se donner sur le campus » et que ceux-ci seront l'exception. « Tout enseignement qui peut l'être devrait se faire à distance » (Source : Un trimestre «essentiellement à distance» à l’Université de Montréal | La Presse).

Il en sera de même pour l’Université McGill et l'Université de Laval. Concernant cette dernière, Robert Beauregard, vice-recteur exécutif, indique que la direction de l'Université estime que le maintien des règles de distanciation sociale pourrait éventuellement permettre le retour de 15% à 25% des étudiants sur le campus.

Dès lors,

«Nous planifions un enseignement en ligne et à distance dans la plupart des cours. Nous prévoyons que la présence physique des étudiantes et étudiants sur le campus sera réduite au strict minimum cet automne afin de respecter les exigences fixées par la Direction de la santé publique» (Source : L’Université Laval prépare une session d’automne majoritairement en ligne | Journal de Montréal).

Difficile en effet de prévoir, par exemple à la HEP Vaud, le maintien tel quel des grands cours en auditoire (200 à 400 étudiant.e.) et même les séminaires (15 à 25 étudiant.e.s) en maintenant une distance sociale de 2 mètres entre chacun.e. Il en est d'ailleurs de même de la présence simultanée des enseignant.e.s et du personnel dans les bureaux en respectant la règle de 10m2 par personne.

Si un tel scénario se confirme,

«la priorité sera donnée aux activités d'enseignement pour lesquelles l'apprentissage à distance est difficile, voire impossible», comme les activités de formation pratique en santé, les ateliers d'enseignement, les activités terrain et les laboratoires (Source : L’Université Laval prépare une session d’automne majoritairement en ligne | Journal de Montréal).

L'Université Laval prévoit par ailleurs doubler la capacité d'enseignement en mode hybride, afin de permettre que l'enseignement en classe soit aussi disponible au même moment en ligne. « On veut maintenir l'enseignement à distance pour ceux qui ne pourront être en classe, comme les étudiants internationaux », explique M. Beauregard.

Par ailleurs, au niveau sanitaire, les prévisions de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) laisse accroître que la modification de nos comportements est appelé à durer en intégrant son hypothèse que la COVID-19 « pourrait ne jamais disparaître » et devenir une maladie avec laquelle l’humanité devra apprendre à vivre (Source : Le coronavirus pourrait « ne jamais disparaître », selon l’Organisation mondiale de la santé).

Concernant les étudiant.e.s, si certain.e.s vivent mal à très mal cet enseignement à distance ou se retrouvent dans la précarité suite à la perte de leurs revenus leur permettant de vivre et de poursuivre leurs études, d'autres auront apprécié ce nouveau cadre d'apprentissage. D'autres encore inquiet.e.s de la situation sanitaire voudront limiter leur déplacement plus particulièrement dans les transports publics et voudront également maintenir par eux-mêmes des formes nouvelles de distanciation sociale.

Passons maintenant aux cinq défis que j'ai identifiés et la manière dont je pense les relever.

1. Des formes nouvelles d'hybridation, tu développeras

Autant pour des raisons d'organisation résultant des dispositions sanitaires qu'en raison de nouvelles attentes et demandes de nos étudiant.e.s ainsi que de la diversité de celles-ci (tout à distance, partiellement à distance, majoritairement en présentiel par exemple), la notion d'hybridation va également évoluer par rapport à son acceptation actuelle. Nous allons assister à une intensification du recours de dispositif d'enseignement et de formation à distance.

Je prends donc le parti de considérer que la situation vécue depuis mi-mars et ses prolongements vont modifier autant l'enseignement en présentiel, que l'hybridation de nos enseignement ou l'enseignement présentiel. De la part des enseignant.e.s, ces éléments vont demander une adaptabilité encore plus importante et nécessiter (encore plus) de travailler en équipe. Un peu comme le virus, nos défis ne vont cesser d'évoluer. Du côté des étudiant.e.s, le risque des inégalités devant la formation et de leur précarisation pouvant conduire à l'abandon des études devront trouver des réponses devant les enjeux de nos systèmes éducatifs.

Pour ma part, comme probablement d'autres enseignant.e.s, je vais conserver en ligne l'entier du dispositif mis en enseignement à distance ce semestre. Je prévois déjà donc au moins deux formes de gestion, d'organisation et suivis de mes séminaires pour les étudiant.e.s soit à distance, soit en présentiel et même un mixte des deux (hybridation).

2. L'asynchronicité, tu privilégieras

Dans un article paru juste avant le confinement (Thoughts & Resources for Those About to Start Teaching Online Due to COVID-19, Jacqueline Wernimont, Co-Directrice de l'HASTAC (Humanities, Arts, Science, and Technology Alliance and Collaboratory), Chaire distinguée de sciences humaines numériques et d'engagement social, Professeure associée d'études sur les femmes, le genre et la sexualité à l'Université de Dartmouth, partageait ses réflexions et ressources pour ceux qui vont commencer à enseigner en ligne en raison de la COVID-19. En le découvrant aujourd'hui, je m'y retrouve entièrement par rapport à l'écosystème que j'ai mis en place dans mes enseignements.

En premier lieu, dans ses propos sur le fait de favoriser les modalités asynchrones dans cet enseignement à distance. Jacqueline Wernimont s'intéresse plus particulièrement au travail et aux tâches à réaliser et faire réaliser aux étudiant.e.s :

« Asynchronicity is your friend here - think about what must be done as a collective (if anything) and what can be done using blog posts, discussion boards, and other tools that are likely already a part of your existing course management system. For reasons of student safety and FERPA, I’d encourage using tools that are already a part of your university system for this kind of asynchronous communication. If you already use public media, then by all means continue, but I don’t encourage people to require students to publicly perform on the internet. »

Traduction : L'asynchronicité est votre amie ici - pensez à ce qui doit être fait collectivement (le cas échéant) et à ce qui peut être fait en utilisant les articles de blog, les forums de discussion et d'autres outils qui font probablement déjà partie de votre système de gestion de cours existant. Pour des raisons de sécurité des étudiants et de la FERPA, j'encourage l'utilisation d'outils qui font déjà partie de votre système universitaire pour ce type de communication asynchrone. Si vous utilisez déjà les médias publics, alors continuez par tous les moyens, mais je n'encourage pas les gens à exiger des étudiants qu'ils se produisent publiquement sur Internet.

Ces éléments prolongent et approfondissent les éléments que j'ai déjà présentés précédemment avec mes 4 défis d'un enseignement à distance. Ils seront à adapter à mes enseignements du semestre d'automne qui eux n'ont pas connu la situation de confinement dans laquelle je me trouve encore actuellement et jusqu'au 8 juin en tout cas.

3. Ton enseignement à distance, tu humaniseras

« Si la structure ne permet pas le dialogue, la structure doit être modifiée. » Paulo Freire

Dans le cadre de l'humanisation de nos enseignement à distance, il me faut revenir sur l'article A Pedagogy of Transformation for Times of Crisis de Sean Michael Morris et traduit sur ce blog Une pédagogie de la transformation pour les temps de crise. Sean Michael Morris se réfère plus particulièrement aux travaux de Paulo Freire

« Mais une pédagogie numérique transformatrice est une pédagogie qui s’intéresse d’abord à la relation entre l’enseignant et l’élève, et aux multiples façons dont l’apprentissage circule entre eux. Paulo Freire a nommé les parties d’une classe « enseignant-étudiant » et « étudiant-enseignant » pour mieux incarner la nature d’une expérience d’apprentissage coopératif ; et c’est cette expérience d’apprentissage, qui centre la collaboration, la communication et la compréhension entre les enseignants et les étudiants, qui peut nous ouvrir les yeux sur une pédagogie numérique unique. Cette pédagogie est une pédagogie qui favorise la personne et non la technologie, l’humanisation au lieu de la numérisation. Cette pédagogie, fondée sur des idéaux d’équité, d’agence et de conscience critique, est une pédagogie numérique critique. »

Dans FLUX Pedagogy: Transforming Teaching and Leading during Coronavirus, Sharon M. Ravitch, Ph.D; Professeure à l?université de Pennsylvanie, se base également sur la pédagogie critique de Freire et parle d'une pédagogie de flux. Elle s'appuie sur les travaux de Arao & Clemens (2013) insistant sur le passage d'espaces sûrs à des espaces courageux. Pour Aro & Clemens contrairement aux espaces dits sûrs, les espaces courageux nécessitent et créent un dialogue plus critique et authentique et la co-construction de normes équitables au sein des groupes. Sharon M. Ravitch précise que le bien-être des étudiants est de la responsabilité des enseignant.e.s. Pour elle, les points essentiels à respecter sont les suivants :

  1. considérer le bien-être émotionnel de nos élèves (et le nôtre) comme essentiel à l'apprentissage;
  2. aider les élèves à traverser des systèmes inéquitables et complexes;
  3. travailler à établir une confiance relationnelle avec et entre les élèves;
  4. considérer la flexibilité pédagogique comme une position éthique, dans laquelle les connaissances et les idées de chacun sont activement mises en jeu à une époque de chaos et de vulnérabilité collective.

Dans le contexte actuel, j'essaye de prends en compte ces différents éléments au travers d'interactions en privilégiant la visioconférence en petit groupe d'étudiant.e.s. En début de ces séances, je m'adresse individuellement à chacun.e en les interrogeant sur leur situation et m'assurant de leur bien-être ("comment allez-vous ?" "comment se passe la reprise de votre stage?" etc.). Le dialogue se poursuit en premier lieu en fonction de leurs question et de leur demandes. Dans un deuxième temps, je dispense mes feedbacks et mes inputs relativement à leur travail en me basant sur les principes de l'empathie et de la bienveillance. En amont, j'ai pris connaissance de leur travail et le commente le plus précisément possible en partageant mon écran. Mes commentaires et feedbacks sont envoyés après la séance.

Pour cet automne, il s'agira aussi de veiller au démarrage à instaurer une dynamique globale de groupe (et pas seulement de sous-groupes) et d'aménager également des moments d'échanges et de prises de décision synchrones avec l'entier du groupe.

Référence Arao, B. & Clemens, K. (2013). From safe spaces to brave spaces : A new way to frame dialogue around diversity and social Justice. In L. M. Landreman (Ed.), The art of effective facilitation: Reflections from social justice educators (pp. 135–150). Stylus Publishing.

4. Propriétaire de tes contenus et de tes données, tu seras

Du côté enseignant, Jacqueline Wernimont (Thoughts & Resources for Those About to Start Teaching Online Due to COVID-19 nous met en garde relativement au système propriétaire de vos organisations en lien avec les questions de propriété intellectuelle. Ce dernier élément est un point extrêmement sensible. Certains analystes prévoient en effet, et depuis longtemps, que de plus en plus les universités recoureront à des contenus proposés par des organismes tels que Coursera alors que leurs enseigant.e.s deviendraient des sortes d'ouvriers universitaires spécialisés dans l'accompagnement et le suivi des étudiant.e.s sous des formes de tutorat.

« A word on proprietary systems - I dislike them and I’m not into feeding the disaster capitalism machine. THAT SAID - this is an urgent response. You can do certain things (discussed in the linked document) if you have the capacity. That said, if you have little time (as is the case here) it may be easier to roll activities onto your existing CMS. What I do not suggest is that you upload all of your intellectual content onto the CMS -- so recording all lectures, discussions, etc. Depending on your contract, that may become someone else’s intellectual property (remember that I was at ASU where teaching online meant letting go of IP). You can live stream synchronous events (twitch, for example) rather than record or you can serve the recordings in other locations (like in a private YouTube channel). »

Traduction : Un mot sur les systèmes propriétaires - je ne les aime pas et je n'ai pas l'intention d'alimenter la machine du capitalisme catastrophe. C'est une réponse urgente. Vous pouvez faire certaines choses (discutées dans le document lié) si vous en avez la capacité. Cela dit, si vous avez peu de temps (comme c'est le cas ici), il peut être plus facile d'intégrer des activités dans votre CMS existant. Ce que je ne vous suggère pas, c'est de télécharger tout votre contenu intellectuel sur le CMS - donc d'enregistrer toutes les conférences, discussions, etc. Selon votre contrat, cela peut devenir la propriété intellectuelle de quelqu'un d'autre (rappelez-vous que j'étais à l'ASU où enseigner en ligne signifiait lâcher prise de la propriété intellectuelle). Vous pouvez diffuser en direct des événements synchrones (par exemple, des twitchs) plutôt que d'enregistrer ou vous pouvez diffuser les enregistrements dans d'autres endroits (comme dans une chaîne privée de YouTube).

Nous devons donc élargir la question de notre écosystème d'enseignement à distance aux questions relatives à la gestion et à la maîtrise de nos travaux intellectuels (cours, recherches et développement). Ainsi, plus que jamais, et pas seulement relativement aux GAFAM, la nécessité de rester le propriétaire de nos données et de notre travail intellectuel va devenir un enjeux de première importance. Si ce n'est pas encore fait, c'est le moment de s'auto-héberger et d'ouvrir son site/blog.

Plus largement et selon moi, l'idéal réside dans l'utilisation de solutions opensources. Ainsi, je vous conseillerai tout particulièrement pour vos fichiers et pour disposer également d'un outil de travail collaboratif (traitement de texte, tableur, logiciel de présentation) de souscrire à la solution Cloud sécurisée kDrive proposée par Infomaniak. kDrive automatise même la récupération de vos fichiers déposés sur Google Drive, OneNote ou DropBox.

Par ailleurs, pour vos prises de notes et de travail dans un format durable, je compléterai avec Standard Notes qui une application open-source et entièrement cryptée et que je vous présenterai prochainement.

Enfin pour disposer d'une solution de visioconférence couplée avec une diffusion en directe, je vous recommande Jitsi qui est également une solution opensource.

Cependant, si vous estimez que ces solutions sont trop techniques pour vous, vous pouvez également, comme l'indiquait ci-dessus Jacqueline Wernimont, recourir à une chaîne privés sur YouTube ou souscrire à une solution G Suite de Google (Basic ou Business) qui contractuellement respecte pour l'Europe le RGPD (bon à savoir, merci à François Bocquet pour m'y avoir rendu attentif). A noter également qu'avec G Suite de Google, vous disposez maintenant d'une solution de visioconférence avec Google Meet jusqu'à 100 participant.e.s.

De mon côté et notamment avec ce site/blog, je dispose déjà très largement d'espaces propriétaires liés à mon activité professionnelle. Par contre, j'envisage l'organisation de sessions d'enseignement diffusées en YouTube live ou, sur le principe mis sur pied à l'occasion des LUDOVIALES, de courtes séances synchrones de visioconférence avec interaction des étudiants via la chatroom et que je pourrais en outre enregistrer. En partant du principe de nouvelles formes d'hybridation des formations (des étudiants en présentiel/synchrone et d'autres à distance de manière asychrone), la question se pose très sérieusement y compris pour les séances qui auront lieu en présentiel.

5. Pour une Science lente (Slow Science), tu t'engageras

Dans le cadre de mes 4 défis pour mon enseignement à distance en temps de pandémie, je soulignais l'importance à mon niveau personnel de savoir raison garder et de penser à me ressourcer.

Le prolongement de cette attitude sur le moyen et long terme consiste à poursuivre sur les principes de la Slow science que j'avais évoqué avant la pandémie en décembre 2019 (Restreindre les chercheurs à un article par an ? Pour une Science lente (Slow science)).

En suivant Isabelle Stengers et concernant mon activité de chercheur,

  • je continuerai de cesser de me prendre pour le « cerveau pensant, rationnel, de l’humanité »,
  • je refuserai que mon expertise serve à faire taire l’inquiétude de l’opinion, à propager la croyance en un progrès scientifique inéluctable capable de résoudre les grands problèmes de sociétés.

Et surtout je continuerai au travers de ce blog à nouer des liens avec un public potentiellement intelligent et curieux, en m'efforçant de produire ou en diffusant des savoirs dignes de cette ambition. Je continuerai ainsi à documenter mes expériences d'enseignement de cette nouvelle ère en la reliant à l'ancienne.

Crédit photo : Photo de Kristopher Roller sur Unsplash

En temps de pandémie : Gurnigel et Jaunpass à moto (10.5.2020)

Je crois bien que c'est la première fois que j'ai attendu quasiment mi-mai pour franchir à moto mes premiers cols de l'année. Encore un effet de la pandémie comme si encore il nous fallait une nouvelle preuve que cette année 2020 devait être particulière.

En ce dimanche 10 mai, le départ a lieu un peu avant midi, direction Châtel-St-Denis, puis autoroute jusqu'à Bulle. A la sortie de Bulle, l'objectif est de rejoindre Zollhaus pour m'engager ensuite en direction du Gurnigel. Cela fait bien longtemps que je n'ai pas pris cet itinéraire. Je me souviens de la première sortie en 2010 avec BlackPearl et de la glace et de la neige encore présentent au bord de et sur la route.

Ce dimanche marque également le dernier jour de la fermeture des établissements publics. A partir de demain, ils pourront rouvrir sous conditions dont celle de composer des tables de quatre personnes au maximum et de faire respecter la distanciation sociale (2 mètres) entre les tables. Nous sommes en quelque sorte à la fin d'une ère particulière qui a duré huit semaines.

En traversant Le Pont ou Le Mouret, les effets de la pandémie sont évidents, même pour un dimanche. Alors que nous sommes le dimanche de la Fête des mères, la succession de café-restaurants fermés donne une impression, à chaque fois, de villes ou villages quasiment fantômes.

Cependant l'auberge de la Croix-Blanche au Pont vend des repas à l'emporter, via un guichet. Devant ce dernier, les clients sont sagement alignés les uns derrière les autres en respectant les deux mètres de distance. Le même scénario se répète devant les boulangeries ouvertes ce dimanche.

Nos vies ont basculé et changé très fortement en huit semaines. De nouvelles habitudes sont prises. Ces scènes sont devenues celles du quotidien. D'apparence tout paraît normal. Et en fait, il n'en est rien. Il faudra cependant s'y faire pour un bon moment encore.

Il fait déjà chaud, mais la pluie est annoncée pour l'après-midi. Plus je monte en direction du Gurnigel, plus la température baisse et le ciel s'obscurcit de nuages.

Sur la route, je rencontre peu de voitures, mais passablement de motos. Probablement un effet de la météo et de la pandémie.

Au sommet du Gurnigel, peu de voitures parquées et aucune terrasse ouverte, contrairement à d'habitude. Seules les motos sont relativement en nombre. Devant le restaurant Berghaus, la rubalise barre l'entrée fermée de l'établissement. Qu'en sera-t-il à partir de demain ?

Je redescends en direction de Thoune, puis je rejoins la route pour Zweisimmen. Dans la vallée, je m'arrête vers 13h45 pour une collation. Là, aussi la situation est nouvelle. Il faut désormais être autonome. Le cas échéant, il faut même penser prendre avec soi son papier de toilette. Là aussi il faut prendre de nouvelles habitudes. Qui vont durer malgré la réouverture des café-restaurants.

Je me suis d'ailleurs arrêté juste à côté de l'un d'eux. A l'intérieur, le patron s'affaire en prévision de la réouverture. La terrasse est prête. Les tables de quatre personnes sont bien espacées. Devant l'entrée, des affiches de couleur jaune indiquent les nouveaux horaires du restaurant et fournissent également des informations aux clients. Devant la diminution du nombre de couverts, il sera désormais nécessaire de réserver pour avoir une table, mais il ne sera pas possible de choisir sa table au moment de la réservation. Les clients seront placés à leur arrivée. Cette situation usuelle dans les établissements québécois ne l'est pas chez nous. Elle va le devenir durablement.

Chacun visiblement tâtonne et essaie de prendre ses marques.

Un peu avant deux heures, je reprends la route en direction du col du Jaun. A nouveau la circulation n'a rien à voir avec les dimanches d'avant. Toujours peu de voitures, peu de gens dehors dans les rues et passablement de moto en groupe. Même les vélos sont rares. La montagne nous appartient.

Petit arrêt au sommet du col du Jaun. Deux motos sont arrêtées. La mère, le père et le fils sont de sorties. Je m'arrête en respectant la distance sociale. Les motos suivantes qui s'arrêteront feront de même. Alors que généralement les motards parlent volontiers entre eux et se mélangent, là également les règles évoluent et c'est bizarre.

Le temps de manger une banane et de boire de l'eau et il est temps de reprendre la route. A 15h45, je mets définitivement pied à terre devant chez moi. Cette première sortie en montagne en temps de pandémie prend fin. Il faudra s'y faire et notamment le fait que les frontières sont actuellement fermées. Une bonne occasion de rester centré sur les cols suisses. Ils n'en manquent pas : https://www.motofun.ch/paessefahren.html

A suivre…

Et c’est vendredi...

Et soudain, tu prends ta pause café sur ta terrasse ☕️ et le soleil te terrasse ☀️Tu te mets à lézarder et ta motivation à retourner travailler dans ton bureau se lézarde. Et c’est vendredi...

https://twitter.com/lyonelkaufmann/status/1258691070453592065?s=12

Fetch The Bolt Cutters : Fiona Apple de retour avec un 5e album

Pour son cinquième album en vingt-cinq ans, "Fetch The Bolt Cutters", la chanteuse américaine Fiona Apple a choisi d'embrasser plusieurs registres et de se montrer tour à tour théâtrale, introspective, sauvage ou féministe.

Fiona Apple - I Want You To Love Me (Audio)(https://youtu.be/N541HLPeG6Y) Fiona Apple - I Want You To Love Me

Pour ce disque, Fiona Apple a tout enregistré dans sa maison. On pourrait alors penser « home studio », technologies à domicile, mais, ici, cette maison est présente au sens propre, puisque Fiona Apple la fait vibrer comme un instrument. Elle frappe les cloisons, le parquet, tout peut devenir percussion : un couvercle, un bidon. C’est un disque dans et avec une maison et le rythme est l'une de ses fondations.

Fiona Apple - Fetch The Bolt Cutters(https://youtu.be/emXYPRlVBas) Fiona Apple - Fetch The Bolt Cutters

Toujours très libres dans leurs formes, les treize chansons de Fiona Apple embrassent plusieurs styles. Ses chansons évoquent la maltraitance faite aux femmes, ses relations sentimentales ou sa précoce renommée trop lourde à porter. A 42 ans, l'Américaine a retrouvé un vrai mordant.

Mary Ellen Mark Immigrants Istanbul, Turquie 1965

Photo passeport de Mary Ellen Mark (1963)
400C-006-037 © Mary Ellen Mark

Grâce au dernier numéro de Réponses Photos (n0 332 mai-juin 2020), j'ai découvert la photographe Mary Ellen Mark (1941-2015) et sa photo ci-dessous prise à Istanbul en 1965.
Turkish Immigrants, Istanbul, Turkey, 1965, 501J-312-31X © Mary Ellen Mark

Réponses Photos m'apprend que Mary Ellen Mark s'est rendue en Turquie grâce à une bourse Fullbright. Les deux femmes de la photo apparaissent dans le hublot d'un bateau. Le noir et blanc rend plus intenses les regards des visages clairs sur ce fond sombre.

Par ailleurs, cette photo de ces immigrantes figure dans le premier livre publié par Mary Ellen Mark [Passport (1974). New York : Lustrum Press] et regroupant des photos prises entre 1963 et 1973.

Concernant Mary Ellen Mark, elle est née le 20 mars 1940 à Philadelphie et morte le 25 mai 2015 à New York. Elle est surtout connue pour ses reportages au travers des États-Unis, dans lesquels les portraits occupent une place prépondérante. Elle fait partie de l'agence Magnum entre 1977 et 1982.

M. E. Mark a pour thèmes de prédilection les exclus de la société : pauvres, fugueurs, prostituées, drogués, prisonnières. Principalement aux États-Unis, mais également à l'étranger comme pour la photo ci-dessus.
Sisters, Central Park, New York City, 1968, 401N-002-031 © Mary Ellen Mark

Elle construit ses reportages sur le long terme en suivant certaines familles pendant des années. Cette méthode la classe parmi les documentaristes, plutôt que les journalistes.

Woody Allen et Mia Farrow, studios Kaufman Astoria, New York, 1991, 215D-001-015 © Mary Ellen Mark

Elle a également été sollicitée sur des films par Francis Ford Coppola, Woody Allen ou Frederic Fellini.

Source des images : http://www.maryellenmark.com

Enseignement : Et si la pandémie s'était produite au début des années 1980, que se serait-il passé ?

Telle est l'intéressante question de Bruno Devauchelle dans sa 8ème chronique du confinement. Et voici sa réponse :

Imaginons un instant que la pandémie se soit produite avant la généralisation des outils numériques (dans les pays équipés). Un enseignement à distance désynchronisé aurait-il pu se mettre en place ? Pour qui se rappellent le CNED de l'époque, on imagine le désert... auquel il aurait fallu faire face. Les enfants, les jeunes auraient surement été à l'abandon. Mes élèves de CAP Hôtellerie ou Bac Pro Bureautique auraient été à l'abandon, soit dans des entreprises, soit chez eux, sans aucune possibilité de poursuivre leur scolarité. Certes les photocopieurs auraient tourné à plein régime, la Poste mise à contribution et surtout la télévision scolaire aurait tenté de reprendre la main. Il est intéressant de tenter cette modélisation et de la comparer à ce qui se passe aujourd'hui. Cela permettra de dégager les forces et les faiblesses de ce que nous sommes en train de vivre.

Source : Chronique d'un confinement 8

Pédagogie à distance : les enseignements du e‑confinement

Je note et j’adhère :

Si la continuité pédagogique consiste à faire de la télévision scolaire degré zéro, en plaçant un enseignant devant un tableau face caméra, c’est méconnaître toutes les avancées du e-learning et des pédagogies actives depuis, mais c’est reconnaître à quel point nos enseignants sont peu formés aux compétences numériques et médiatiques. Comme beaucoup de nos soignants, ils ont été envoyés au front de la continuité pédagogique sans masques et sans blouses, sans les gestes barrières numériques et les respirateurs pédagogiques indispensables.
J'ajouterai que le retour de la TV scolaire n'a pas été la moindre des surprises après qu'elle ait été abandonnée sans regret dans nos contrées.

https://youtu.be/hoWH2hFfiJQ

La « Maison Lumni », cours à distance diffusé sur France 4.

Mon conseil du jour consiste à vous conseiller la lecture fort interessante et inspirante de cet article de Divina Frau-Meigs, Professeure des sciences de l'information et de la communication.


-À lire :
https://theconversation.com/pedagogie-a-distance-les-enseignements-du-e-confinement-137327


Crédit image : https://www.shutterstock.com/fr/image-photo/high-angle-view-video-conference-teacher-1676998303

EnseignementDistance #e-learning

L'enseignement de l'histoire dans une période de changements et de défis | History Education Research Journal

Dans ce numéro d’avril 2020 de History Education Research Journal, les différentes contributions se positionnent relativement à la question de l’utilité de l’enseignement de l’histoire.

Arthur Chapman and Terry Haydn, éditeurs de ce numéro, estiment dans leur introduction qu’il est de la responsabilité de tous ceux qui sont impliqués dans l'enseignement de l'histoire de faire face aux menaces relativement à l'utilité de l'enseignement de l'histoire. Ils reprennent les propos d'Eric Hobsbawm (2005)1 :

to re-establish the coalition of those who believe in history as a rational inquiry into the course of human transformations, against those who distort history for political purposes

Petit aperçu des différentes contributions

Maren Tribukait considère les différences importantes entre les pays et
les cadres politiques internationaux relatifs à l'éducation à l'histoire et à la citoyenneté et au numérique l'alphabétisation, avec la réalité de l'école et la pratique des enseignants, tandis que Catriona Pennell et Mark Sheehan examinent les questions problématiques et importantes dans le domaine du souvenir de la guerre.

L'article de Heidi Knudsen examine le domaine de la manière dont les étudiants construisent le sens dans la classe d'histoire, en relation avec les textes et les tâches qu'ils sont dans leurs cours d'histoire, et leurs interactions dialogiques avec leurs professeurs d'histoire.

Joakim Wendell donne un aperçu de l'utilisation des faits contrefactuels dans le
l'enseignement de l'histoire, ainsi qu'un examen de la manière dont les étudiants traitent et utiliser des exercices contrefactuels dans leur exposition.

Sebastian Barsch analyse l'utilisation et l'impact des ressources en images animées dans la classe d'histoire comment le "récit numérique" façonne la conscience et la compréhension historiques des élèves.

Eleni Apostolidou et Gloria Solé comparent les idées des étudiants grecs et portugais sur l'identité nationale et la citoyenneté, à une époque où les questions d'identité ont joué un rôle très important dans les débats sur l'enseignement de l'histoire dans de nombreux pays.

L'étude de Yosanne Vella porte sur la façon dont les enseignants abordent la difficile tâche d'éduquer leurs les étudiants sur la "partialité" des sources historiques donne un aperçu d'une facette problématique de l'enseignement de l'histoire pour les enseignants de tous les pays.

Enfin, dans son article, Debra Donnelly rassemble la recherche, la théorie et la pratique des enseignants pour explorer comment les professeurs d'histoire peuvent utiliser l'image en mouvement de la manière la plus efficace possible.

II est à noter que l’ensemble de ces article est en OpenAccess. Il n’y a donc aucune raison de bouder son plaisir.

La table des matières :

Chapman, Arthur; Haydn, Terry : Editorial: History education in changing and challenging times, pp. 1-4(4)

Tribukait, Maren : Digital learning in European history education: Political visions, the logics of schools and teaching practices, pp. 4-21(18)

Pennell, Catriona; Sheehan, Mark : But what do they really think? Methodological challenges of investigating young people's perspectives of war remembrance, pp. 21-36(16)

Knudsen, Heidi Eskelund : History teaching as a designed meaning-making process: Teacher facilitation of student-subject relationships, pp. 36-50(15)

Wendell, Joakim : Qualifying counterfactuals: Students' use of counterfactuals for evaluating historical explanations, pp. 50-67(18)

Barsch, Sebastian : Does experience with digital storytelling help students to critically evaluate educational videos about history?, pp. 67-81(15)

Apostolidou, Eleni; Solé, Gloria : National-European identity and notions of citizenship: A comparative study between Portuguese and Greek university student teachers, pp. 81-99(19)

Vella, Yosanne : Teaching bias in history lessons: An example using Maltese history, pp. 99-114(16)

Donnelly, Debra : Using films in the development of historical consciousness: Research, theory and teacher practice, pp. 114-131(18)

Référence : History Education Research Journal, Volume 17, Number 1, April 2020, pp. 1-4(4)

https://tinyurl.com/rnuwutb (consulté le 5 mai 2020).


  1. Hobsbawm, E. (2005) ‘In defence of history’. The Guardian, 15 Janvier. En ligne :  

Tate Museum (Londres)

Fin janvier, nous avons profité pour faire un break le week-end à Londres. Dans le contexte actuel, cette escapade paraît bien lointaine. Le bruit du covid-19 commençais d'ailleurs à monter sans que cela nous ait inquiété plus que nécessaire. Aujourd'hui, nous paraissons presque comme avoir été inconscient.

Le dimanche, nous avons eu le grand plaisir, alors que le temps était mitigé de visiter le Tate Museum. Un must.

La vue sur Londres et la Tamise depuis le musée est également magnifique.

Les buildings aux alentours donnent quelques vertiges

Utiliser WordPress pour remplacer Google Docs ou Evernote (édition 2020)

En mai 2012, j'ai rédigé une série d'articles consacrés à la manière de procéder pour remplacer Google Docs ou Evernote par Wordpress. Cette série d'articles à rencontrer le succès jusqu'à aujourd'hui. Mais, depuis, Wordpress a évolué en passant de la version 3.5 à la 5.4 et certains des plugins présentés ont disparu. Il me paraît utile de proposer un point de situation.

En préambule, si Google Docs n'a cessé de réunir de nouveaux adeptes et est LA référence du traitement collaboratif en ligne, Evernote peine depuis très largement à évoluer et est toujours plus concurrencé par d'autres solutions de prise de notes multiplateformes. On pense en premier lieu à OneNote.

De mon côté, je suis reste toujours favorable à l'utilisation de ressources OpenSource et à l'utilisation de Wordpress. Mon écosystème avec Wordpress se compose de trois installations principales :

  • un site privé sous Wordpress constitue mon bureau de travail et de loisirs. Il correspond à un intranet personnel.
  • un site professionnel pour ma veille, mes cours et mes publications : histoire lyonelkaufmann.ch
  • un blog personnel où vous vous trouvez actuellement.

Je dispose également d'un certains nombres de blogs sous wordpress qui réunissent chacun une veille spécifique par sujet (l'un sur la maker en éducation, un autre sur histoire et pensée computationnelle par exemple). Ceux-ci correspondent à des formes numériques de carnets de notes (type moleskine).

Concernant mon écosystème de travail, j'ai déjà eu l'occasion de le présenter en 2011 et 2012 :

Ces présentations méritent également une mise à jour.

Concrètement, je dispose d'un site privé sous Wordpress qui me sert de tour de contrôle de mon activité sur le web. Cette tour de contrôle se compose désormais d'une page d'accueil répertoriant les principaux sites et outils que j'utilise dans mon travail au quotidien.

Pour assurer que mon intranet reste privé, j'utilise deux extensions pour garantir la sécurité de mes données. Il s'agit en plus de deux plugins gratuits :

  • All-In-One Intranet assure deux fonctions principales : la confidentialité en rendant votre site privé (accès par mot de passe uniquement et impossibilité pour des utilisateurs non autorisés à s'inscrire) et la déconnexion automatique après un intervalle déterminé d'inactivité.

  • All In One WP Security & Firewall joue le rôle de par-feu, mais également
    réduit les risques de sécurité en vérifiant les vulnérabilités, et en mettant en œuvre et en appliquant les dernières pratiques et techniques de sécurité recommandées pour WordPress.

Par ailleurs, je dispose également d'une page pour mon agenda en ligne. Pour le gérer j'ai recours au plugin Modern Events Calendar Lite qui fonctionne en interaction avec Google Calendar. Modern Events Calendar Lite vous propose notamment de créer un événement récurrent pour chaque début de semaine qui vous permet de planifier vos tâches principales de la semaine. Malin.

Ce site me sert également de tour de contrôle pour avoir toujours directement sous la main aux fichiers hébergés soit sur DropBox soit sur Google Drive.

A ce propos, je me constate que, suivant mes interlocuteurs ou les projets, j'ai été contraint de disposer à la fois d'un compte Dropbox et d'un compte Google Drive (quand ce n'est pas encore OneDrive) pour collaborer avec eux. J'ai donc réorganisé mon site de bureau sous WordPress pour passer le plus facilement possible de l'un à l'autre. J'essaye également d'éviter l'embonpoint de mon disque dur.

Pour y parvenir, les deux meilleurs plugins que j'ai trouvé sont les suivants et ils sont payants :

A noter concernant Google Drive ou Google Calendar que j'ai été amené à me créer un compte développeur pour me créer les API correspondantes pour les lier à WordPress. Ces manipulations ne sont pas à la portée de tout en chacun. Il est plus facile de réaliser l'intégration avec DropBox avec WP Cloud Plugin Out-of-the-Box (Dropbox).

La série d'article de 2012 :

Briser le mur numérique, #LUDOVIALES - Jour 3

Qui l’eut cru, nous voilà déjà au terme du troisième jour des LUDOVIALES. Ce pari un peu fou a débuté il y a trois semaines. Hier, j'ai le sentiment que nous sommes parvenus à briser le mur numérique.

Concrèrement les LUDOVIALES, c'est l’idée et le sentiment qu'un besoin et un créneau existeraient pour permettre aux enseignants et formateurs de tous degrés d’échanger leurs expériences relativement à un enseignement réalisé en temps de pandémie, de croiser nos regards depuis toute la francophonie et de prendre un peu de recul pour (un peu) mieux comprendre le changement que nous connaissons toutes et tous.

C'est le pari d'une équipe d’organisateurs engagés dans les différents Ludovias existants ou en devenir (Belgique, Canada, France, Suisse). Cette équipe est composée de gens qui, dans le fond, ne doutent de rien, sont prêts à relever tous les défis et sont capables de vivre et gérer les incertitudes. Notre force collective est de savoir qu’il sera possible à n’importe quel moment de compter sur les autres. Et ça marche.

Le démarrage a été chaud. Après un premier temps à prendre nos marques et la mesure de certains défs techniques, cela a été mieux. La bienveillance des participant.e.s nous a aussi grandement aidés et soutenus. Merci à eux.

Dès le deuxième jour, nous étions (mieux) rodés. Boostés que nous avons été par le nombre sans cesse grandissant du nombre de participant.e.s inscrit.e.s et leur énergie contagieuse.

Après maintenant trois jours, la modération de nos salles d’ateliers (visioconférence) n’a plus de secret (ou presque) pour nous. J’ai l’impression d’avoir fait cela toute ma vie. J’en oublie quasiment le premier atelier à 70 participant.e.s et ma connexion sonore qui plante dès le début alors que je dois modérer et aider techniquement l’intervenant.e. 😳 Mythique.

Bon toute la technique a progressé ces dernières années dans le domaine de la visioconférence. Elle reste cependant fragile et souvent un peu aléatoire même avec un nombre restreint de participant.e.s. Nous sommes encore dans une technique et un monde de pionnier. Mais nous sommes sur le bon chemin. Et les participants de cette première édition vont sûrement progresser grandement dans l’appropriation de ces outils.

Hier soir (cette nuit), j’ai pensé à l’ouvrage, très initiateur pour moi, Breaking down the digital wall. Learning to Teach in a Post-Modem World de Burniske et Monke datant de 2001.

"Breaking Down the Digital Walls" est un livre inhabituel qui décrit comment, dans différentes parties du monde, deux enseignants réfléchis et utilisateurs d'ordinateurs ont créé des projets de collaboration sur Internet pour des lycéens de divers pays. Ils nous amènent à saisir la philosophie qui les anime et plus particulièrement que l'utilisation des ordinateurs à l'école est bien plus une question d'apprentissage que de technologie.

Même Larry Cuban en a dit du bien :

"Remplies d'idées pratiques et de beaucoup de sagesse, ces voix authentiques de la salle de classe devraient donner à réfléchir aux promoteurs et aux sceptiques quant à l'utilisation des ordinateurs comme outils d'apprentissage".

Dans cet ouvrage, les auteurs Burniske et Monke sont professeurs dans deux pays différents et entreprennent un projet de correspondance scolaire par email. D'un côté, les élèves disposent des ordinateurs en nombre de dernier cri et d'une excellente connexion. De l'autre, l'établissement ne dispose que d'un ordinateur dans un bureau, non accessible pour les élèves et avec un modem tout pourri qui ne peut être utilisé que la nuit. Les conditions techniques n'empêchent pourtant pas la correspondance. Le dispositif didactique et pédagogique est adapté aux conditions techniques existante. Ce sera le professeur qui postera hors les cours et de nuit le courriel rédigé par ses élèves durant la semaine à leurs correspondants. La situation de communication prime et l'outil ne l'entrave pas.

A sa lecture au début des années 2000, ce livre m'a éclairé et renforcé dans l'idée que la démarche didactique et le projet pédagogique prime sur l'outil. L'outil sera toujours quelque part lacunaire, voire susceptible de défaillance, mais il s'agit de faire avec, voire de le contourner, plutôt que de trouver toutes les bonnes raisons pour ne pas réaliser le projet pédagogique et didactique.

Plus qu'un livre sur la technologie, c'est un livre de nature philosophique et ethique. Burniske pose la question de comment trouver des moyens d'utiliser correctement la technologie en classe, c'est-à-dire sans renoncer aux questions humaines ou au contexte. Monke s'interroge sur les moyens à donner aux enseignants et sur la liberté d'éduquer correctement leurs élèves. Tous les deux considèrent leur élèves non pas comme des produits ou des consommateurs, mais comme une communauté de personnes qui ont besoin d'être nourries, prises en charge et finalement amenées à une compréhension plus profonde et plus sage de leur place dans le monde.

Aujourd'hui, les conditions de l'enseignement à distance d'urgence nous plonge tous dans cette réalité-là. Il s'agit pour nous, avec les moyens techniques aussi lacunaires et imparfaits à notre disposition et à celle de nos élèves ou étudiant.e.s de maintenir la communication et construire le projet pédagogique entre eux/nous, pour nous/eux.

Tant pis si la connexion est parfois chaotique et défaillante dans les ateliers des LUDOVIALES comme avec nos élèves et étudiant.e.s, le besoin d'être au monde, de rendre compte, de nous enrichir et de confronter nos expériences vécues depuis un mois prime. Quitte parfois à devoir briser le mur numérique pour nous permettre d'être au monde et côte à côte.