Du numérique et de l’école : pour une pédagogie de la transformation (en temps de crise)

J’ai beau avoir été, dès mes débuts dans l’enseignement, convaincu par mon expérience professionnelle antérieure dans les assurances que l’école ne pouvait pas passer à côté de la question informatique et aujourd’hui de la question numérique.

J’ai beau avoir travaillé ces aspects-là en classe avec mes élèves et étudiant.es et de même en formation depuis vingt-cinq ans.

Je me dois d’avouer que je n’avais pas entièrement mesuré l’intensité et la rupture que peut représenter le numérique maintenant que, depuis un mois, nous y avons entièrement basculé.
Il nous est difficile de mesurer également, ce qu’il en restera après lorsque nous serons progressivement revenu à une situation « usuelle ». D’autant que nous ne savons pas quand ce moment arrivera et qu’est-ce qui deviendra ensuite la norme.

Malheureusement, je crains que le modèle coercitif d’enseignement que nous connaissons (dans le prolongement de Surveiller et punir de Michel Foucault) reste encore et pour longtemps le modèle dominant.

Le fait que la situation covid-19 a remis devant nos yeux la question des inégalités scolaires devrait pourtant nous inciter à en sortir.

Les dispositifs mis en ligne ont été la manifestation des mécanismes de reproduction sociale à l’œuvre au sein du système éducatif et mis évidence par Bourdieu & Passeron. Triste.

Une nouvelle fois, la technologie est neutre, mais pas l’emploi que nous en faisons.

D’autres chemins sont pourtant possibles ainsi que le dessine Sean Michael Morris (directeur du laboratoire de pédagogie numérique de l'École d'éducation et de développement humain de l'Université du Colorado à Denver, États-Unis) dans un texte passionnant et stimulant.

Dans ce texte, Sean Michael Morris fait, en premier lieu, la démonstration de la manière dont les dispositifs d'apprentissage en ligne, même bienveillants, transposent ou adaptent les mécanismes de reproduction sociale et de coercition. D’autre part, il nous incite à construire une pédagogie numérique basée sur la pédagogie critique de Freire (A Pedagogy of Transformation for Times of Crisis) et son pouvoir véritablement émancipateur de l’apprenant.

Je vous invite à lire cet article et dont vous trouverez une traduction en français ici : Une pédagogie de la transformation pour les temps de crise

N'oublions donc jamais que la porte d'entrée du monde "post-moderne" ;) pour tous les enfants c'est le smartphone ! (Bruno Devauchelle)

En complément, je vous invite également à lire la cinquième chronique du confinement de Bruno Devauchelle, toujours pertinent dans ses propos, mais plus particulièrement dans cette chronique.

Lui aussi d'ailleurs nous parle d'émancipation par le numérique (empowerment). Il nous entretient notamment des failles de l’école, augmentées par la situation, en matière d’éducation aux médias et de culture numérique. Et aussi de la « victoire » du smartphone, « vecteur premier de toute liaison, mais parfois bien malhabile pour permettre à son utilisateur d'effectuer les tâches qui lui sont demandés, » (Bruno Devauchelle : Chronique d'un confinement semaine 5 | Le Café pédagogique).

Crédit photo : Dawid Zawiła


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