Journal d'un·e va-nu-pieds : entrée 0

Il faut bien commencer quelque part. Les raisons pourquoi cela m'a traversé·e sont assez floues en vérité, mais un des points de départ, c'est cette soudaine sensation d'être à l'étroit, de ne pouvoir exprimer quelque chose. Puis je me suis mis⋅e à supporter de moins en moins les chaussures. À ne plus les vouloir. À les retirer. Mais le pouvais-je ? Il y a forcément plein de questions et de choses qu'on considère : en suis-je capable ? Le regard des autres ?…

Forcément, ma curiosité m'a poussé⋅e à chercher si cela se faisait, même si d'expérience, je n'avais jamais vu personne marcher pieds nus dans la rue… Dans quel terrier de lapin me suis-je engouffré⋅e ? J'en ai fait, des recherches ! De comment commencer, les pièges à éviter, les chaussures minimalistes, la guéguerre "talon ou avant du pied" … Je crois que j'ai presque tout vu.

Cette entrée de journal, qui va me servir d'introduction, sera assez conséquente pour rattraper les 2 mois environ depuis qu'a commencé ma quête.

Les débuts en douceur

Cela a été assez simple, avec le simple fait de marcher pieds nus chez moi. Cela peut paraître anodin, voire trivial, pourtant c'est la première étape pour bien du monde, moi y compris. Dans mon cas, cela s'est fait naturellement. Plus de chaussons, et c'était bon. Je n'ai pas eu de difficulté avec cette partie de la transition. Une chose qui a changé aussi, c'est mon rapport à la propreté du sol. Je suis devenu·e plus exigeant·e ; je lave plus souvent. Quitte à passer ma vie à terme sans rien aux pieds, autant avoir un endroit où je peux vivre sans devoir les laver sans arrêt. Et indirectement, il y a eu des effets positifs sur mon moral : vivre dans un chez-soi entretenu et propre, ça fait du bien et ça rend fier·ère.

Ça, c'était la partie facile.

Les premiers pas en extérieur

C'est là que les choses sérieuses ont commencé, si je puis dire. Je suis donc allé·e en direction des champs, pour trouver un chemin de terre. Je me souviens que j'étais en sandales exprès pour pouvoir facilement me déchausser. J'étais à la fois excité·e et anxieux·se : excité·e à l'idée d'enfin essayer et anxieux·se à l'idée qu'on puisse me voir (il faut comprendre que j'étais assez facilement gêné·e à ce moment-là). J'ai trouvé un chemin, personne alentour, puis j'ai enlevé les sandales.

C'était la première fois que je marchais pieds nus en extérieur, ailleurs qu'à la plage. Si je devais qualifier cette première expérience, je la résumerais ainsi : overdose sensorielle. Je ne m'attendais pas à avoir autant de sensations, d'informations... Pour être honnête, c'était de la terre sèche, avec des gravillons, et ce n'était pas une partie de plaisir ! Mais ce premier contact a été très important pour plein de raisons :

  • Il m'a donné un point de départ.
  • Il m'a fait réaliser que le chemin allait prendre du temps, qu'il fallait être patient·e.
  • Malgré la gêne, j'ai adoré ressentir des choses avec mes pieds.

Ce dernier point est, je pense, le plus important : il m'a donné envie de recommencer.

Les hésitations et le compromis

Après cette première expérience, je voulais trouver un moyen de m'entraîner en limitant la douleur des pieds en fonction des terrains. Ça et le fait que j'étais encore trop gêné·e pour assumer de marcher pieds nus. Quand je pouvais trouver une section de chemin pas trop dure pour moi et sans personne autour, je retirais mes chaussures, mais cela se limitait à de très courtes durées (quelques minutes).

L'étape suivante était toute indiquée : les chaussures minimalistes. Il y a des marques reconnues comme Vivobarefoot et Xero Shoes. J'ai acheté deux paires et j'ai pu laisser tomber les chaussures classiques. Même si la semelle est bien plus fine et que je sens plus le terrain, cela reste une importante protection : les gravillons isolés par exemple ne faisaient strictement rien, alors que j'étais dans mes débuts et donc, plus sensible. Ce n'est pas que je voulais souffrir, mais j'espérais juste une atténuation, pour créer un renforcement doux. Même si ce point m'a un peu déçu·e, cela m'a permis de concentrer sur ma démarche pour adopter une posture plus appropriée. J'ai ainsi pu travailler d'autres parties importantes pour la marche pieds nus, même si la plante de mes pieds ne se renforçait pas vraiment.

S'affranchir du regard des autres

Cette partie était et est encore la plus dure. C'est l'étape où je suis actuellement. J'en suis au point où ma volonté de progresser et le plaisir de marcher pieds nus parviennent contrebalancer ma peur du regard des autres. Est-ce lié à la découverte et le désir d'affirmer mon identité ? Peut-être. J'ai essayé d'abord de sortir pieds sur des sections ou de courts trajets : aller-retour à la boulangerie, le chemin entre la gare et chez moi… Tout cela sur du terrain urbain (asphalte, pavés, etc.) avec suppléments gravillons isolés là où j'habite. Au bureau, je me suis mis·e à retirer mes chaussures quand je suis assis·e pour travailler. On me l'a à peine fait remarquer ; c'est très vite devenu habituel.

C'était difficile au départ de trouver le courage de retirer les chaussures et de les prendre à la main. Puis petit à petit, je le faisais de plus en plus facilement. Jusqu'au moment où pour la première fois, j'ai décidé d'aller en ville et de passer tout ce temps en extérieur sans chaussures. Je les avais emmenées au cas où dans mon sac à dos (en cas de douleur par exemple). Et j'ai réussi. J'ai passé outre le regard des autres, et en vérité, j'ai l'impression que peu de monde m'a remarqué·e. Je découvrais tellement de textures que je m'en moquais. Je suis allé·e dans une friperie, où la vendeuse a discuté avec moi avec curiosité, puis au salon de thé. Cette expérience m'a prouvé·e que j'en étais capable ; ça m'a rendu·e tellement fier·ère et heureux·se ! C'est difficile de décrire la sensation de liberté que j'ai ressentie.

Et maintenant ?

Ce que je viens de décrire avec ma première vraie sortie pieds nus, c'était la semaine dernière. Avant-hier, au moment de partir du boulot, j'ai senti l'impulsion de ne pas mettre mes chaussures et je suis passé·e en ville sans. Aujourd'hui, je suis allé·e au travail pieds nus. Je prends mes notes sur mon ressenti aussi bien sensoriel aussi que personnel. Et surtout, cela me permet d'affirmer une chose : je ne compte pas m'arrêter et j'espère un jour n'utiliser de chaussures que pour des cas très spécifiques. Cette entrée 0 sert en quelque sorte d'état des lieux de mon chemin, jusqu'à présent. Je ferai des entrées aussi bien pour faire le point sur mon évolution que pour noter les moments marquants quand ils arriveront (il y a de fortes chances qu'après cette journée, je fasse une courte entrée sur ma première journée intégralement pieds nus au travail.)

Voilà qui conclut cette introduction de "va-nu-pieds" ! 👣


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