Dis, c'est quoi ta vocation ?

“Tu veux faire quoi plus tard ?”

“T’étudies pour faire quel métier, en fait ?”

“Tu fais des études de politicien, c’est ça ?”

Ces questions, mes cousines adorées me les ont posées des dizaines de fois. Et je n’ai jamais vraiment su comment leur répondre. Alors je me lançais toujours dans des élucubrations logorrhéiques stériles pour essayer de leur expliquer mon point de vue… Mais je n’étais moi-même pas convaincu par mon discours.

En fait, elles me demandaient à leur manière quelle était ma vocation.
Franchement, c’est une très bonne question…


Avocat, interprète, dessinateur, animateur télé, prof, journaliste, chanteur pour enfants, attaché de presse, entrepreneur, écrivain… J’ai eu tellement de “vocations”, tellement d’idées de projets professionnels différents… Et la liste s’étoffe encore aujourd’hui.
Mais j’ai toujours flippé de m’enfermer dans une case. Alors je n’en ai concrétisé aucun. J’étais incapable de choisir, j’avais trop peur de me tromper. T’imagines, si je me lance dans un truc et que ça merde ? Ou si je trouve un autre truc mieux après et que je regrette ? Et si je dois tout recommencer à zéro ? Ou que je ne peux pas revenir en arrière ?

Choisir, c’est renoncer. Et tu sais, moi, je ne renonce jamais. Alors, c’est bien simple, je ne choisis jamais… Éternel indécis. Choisir ? Franchement, c’était beaucoup trop risqué. Une vie en jeu. Je mise sur quoi ? Tant d’opportunités. Trop ? Tellement d’histoires à écrire dans ce bouquin dont les pages blanches s’additionnent à mesure que l’encre calligraphiée les noircit…

Je ne pouvais pas imaginer une seule seconde me concentrer sur un seul projet, n’avoir qu’un seul rêve.


Au fond, je n’ai jamais vraiment eu de vocation. Et pour être honnête, je ne l’aime pas, ce mot. Je trouve qu’il sonne comme un truc qui te tombe dessus, sans te laisser le choix. Un truc que la vie t’imposerait, soi-disant naturellement. Comme si quelqu’un l’avait choisi pour toi…

Alors que ça, je n’y crois pas. Ce à quoi tu es “voué”, c’est en fait à toi de le définir, de le trouver. Et donc de le chercher.
À 17 ans, j’avais déjà commencé à réfléchir à ces questions, sans y avoir apporté de réponses définitives. J’avais des idées, quelques pistes… J’avais un plan, mais pas de destination. J’imaginais avoir une illumination un jour, par hasard, sous la douche ; je me disais que les rencontres et découvertes guideraient mon parcours, et affineraient ma vision et mes envies au fil du temps, pour finalement faire apparaître une option évidente.
En réalité, il y a un peu de ça. Un peu. Parce que pour faire des choix, j’ai tout de même dû prendre le temps d’y réfléchir, consciemment.

Le plan, c’était de m’inscrire à l’unif. Je me suis lancé dans des études assez générales, pour ne pas me fermer de portes. Je disais que j’étudiais la science po pour terminer ma formation de citoyen avant de faire de vraies études pour apprendre un vrai métier. Ce n’était qu’à moitié une blague.
En fait, j’ai simplement reporté la question de quelques années. Mais ce délai supplémentaire m’a permis de continuer à chercher des réponses. De continuer à expérimenter, à me découvrir et à me construire.

La fin de mes études approchant, j’ai commencé à réfléchir concrètement à ce que j’allais faire de ma vie. Parce qu’après un master en sciences po, on ne peut pas vraiment dire que ta voie est toute tracée.
Je me suis donc cherché une mission. Pas un travail. Pas un métier. Pas une carrière. Une mission. Genre une mission de vie. Enfin, au moins pour les quelques années à venir… si j’en ai marre, je changerai.

Une mission, c’est plus large qu’un projet professionnel. Évidemment, ça passe notamment par un boulot, il faut bien que je remplisse mon frigo. Mais c’est mon job qui est au service de cette mission, pas l’inverse. Et puis mon travail, ce n’est pas (uniquement) un moyen de financer ma (sur)vie ; c’est avant tout ma contribution à la société. C’est une part significative de mon temps que je consacre pour rendre service à une communauté.

Ma mission se trouve à la croisée de mes objectifs, de mes centres d’intérêt et de mes valeurs, et tient compte de mes compétences et de mes failles. Un peu dans la même logique que l’ikigai, que l’on situe à l’intersection entre ce qu’on aime, ce en quoi on est doué, ce dont le monde a besoin, et ce pour quoi on peut accessoirement être rémunéré.

Mes objectifs à travers cette mission s’articulent autour de trois axes : contribuer, évoluer, exister.

  • contribuer : exprimer mes idées, partager mon expérience, transmettre un message et des valeurs positives, avoir un impact constructif sur la société
  • évoluer : apprendre, devenir la meilleure version de moi-même
  • exister : gagner assez d’argent pour porter mes projets et subvenir à mes besoins (tout en essayant de limiter un maximum ces besoins — l’argent doit toujours rester un moyen, jamais une fin)

Au-delà de la culture, la musique, le sport ou encore l’éducation, mes centres d’intérêt tournent principalement autour de trois choses que j’aime et que je déteste en même temps : la technologie, les médias et la politique. Cette relation d’amour-haine est due au potentiel inexploité et à l’essence dévoyée de ces outils élémentaires. Je veux contribuer à les développer dans une direction en accord avec mes valeurs. Des technologies et un Internet au service de l’être humain, pas l’inverse. Des moyens de communication au service des idées, pas l’inverse. Un mode de gestion politique au service des citoyen-ne-s et de la démocratie, pas l’inverse.

Mes valeurs sont les principes qui guident mes choix et mes actes au quotidien. Ce sont à la fois des fondements immuables, des idéaux que je m’efforce de respecter et des convictions qui évoluent : liberté, confiance, sincérité, coopération, ouverture, transparence, bienveillance, intégrité, optimisme, partage, simplicité, écologie…
Je veille à emporter ces valeurs partout avec moi : je fais de mon mieux pour les appliquer en tout lieu pertinent et j’en sème des graines à chaque fois que j’en ai la possibilité.


Finalement, en assemblant toutes ces réflexions, on peut résumer la mission que je me fixe en ces quelques mots :

“Créer des espaces et des outils de partage et de réflexion permettant à chacun-e de s’exprimer pour apporter au monde sa singularité.”

Ouais, ça sonne très bullshit, je sais. J’ai tourné la phrase dans tous les sens sans jamais trouver une meilleure façon de l’exprimer intégrant chacun des aspects qui me tiennent à cœur. Pas grave, je ferai avec.
Dorénavant, tous les projets auxquels je contribuerai passeront à travers ce prisme, devront participer à remplir cette mission.

Bien sûr, exprimé comme tel, ça reste assez abstrait ; les applications concrètes pourront être très diverses… Et c’est le but. C’est une ligne de conduite, une direction pour donner un sens à mon action, pas un chemin tout tracé. Peut-être, un jour, me retrouverai-je à développer des plateformes en ligne de démocratie liquide, à produire des jeunes talents musicaux, à animer des classes vertes, à faciliter des délibérations citoyennes locales, à produire des émissions culturelles, voire même à donner des formations de public speaking ou des cours d’histoire des évolutions démocratiques… L’avenir est passionnant parce qu’il est à inventer.

Cette mission va sans doute évoluer au fil de mon parcours ; peut-être aussi que la vie me mènera à la changer complètement. Quand j’en aurai fait le tour, quand de nouvelles priorités viendront se glisser dans ma tête et dans mon cœur. Après tout, il y a assez de projets plein de sens ou de choses qui ne tournent pas rond dans ce monde pour trouver d’autres manières de me rendre utile.

Pour commencer, je vais passer l’année à venir comme assistant à l’UCLouvain et contribuer à développer des cours ouverts en ligne, qui démocratisent la connaissance. Je bosserai aussi avec mes potes de TEDxUCLouvain pour partager des idées qui changent le monde à leur niveau. Et puis je vais continuer à créer et raconter des histoires à travers quelques projets qui préfèrent encore porter un léger voile de mystère…

Plus déterminé que jamais à toujours faire de mon mieux et à me montrer à la hauteur de la confiance que l’on m’accorde. C’est sans doute ça, ma vocation.


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