26-04 Écriture manuscrite, mémoire et souvenirs

Je n'ai aucune perte humaine à déplorer cette semaine… Donc, il s'agit d'une bonne semaine. N'en demandons pas plus. Pas de mort, pas de blessé, pas de catastrophe. Simplement le temps qui passe dans le froid de l'hiver. Certes, il faut mieux de ne pas tenir compte de la géopolitique pour se concentrer sur soi.

Aujourd'hui même, sur mon site Les mots de la fin, j'ai publié un billet intitulé :

Un billet un peu touffu, je vous l'accorde, sur les bienfaits de reprendre la plume pour noircir du papier. Bien que je reconnaisse certaines vertus à cette méthode d'écriture, je ne suis pas prêt à rejeter le clavier. Après tout, dès le début du 20e siècle, des écrivains ont commencé à taper leurs manuscrits directement à la machine à écrire. Je pense qu'il faut voir les technologies comme des ajouts à des pratiques existantes, sans nécessairement supprimer celles-ci. L'automobile n'a pas supprimé la marche à pied. Bon, vous me direz qu'il a mis les chevaux à rude épreuve, mais sans doute davantage pour des raisons - fausses, à mon avis - reliées au bien-être des animaux que technologiques. Sinon, il faut lire les premiers volumes de [Les hommes de bonne volonté de Jules Romains pour revivre les débats enflammés sur la concurrence entre les automobiles et les calèches dans les années 1910.

Écriture, mémoire et souvenirs

Je poursuis l'écriture de Rue Franchère. Hier, j'ai terminé le passage sur mon entrée à l'école. Pour le moment, j'ai planifié un récit en dix-huit chapitres, des chapitres très courts que je pourrais enrichir par la suite. Je ne suis pas Amélie Nothomb pour écrire chaque jour de quatre à huit heures. En revanche, j'écris chaque matin, et je poursuis dans la journée quand j'ai un moment de libre. Ma plus grande difficulté concerne essentiellement mes souvenirs entre quatre et huit ans. Avant ça, je ne me souviens de rien. Pour revenir à Amélie, comment fait-elle pour raconter, avec autant de précision, des souvenirs qui remontent à sa petite enfance alors qu'elle avait à peine trois ans ? Il y a longtemps - je devais avoir vingt ans ou dans ces eaux-là -, j'ai lu Mémoire d'une jeune fille rangée de Simone Beauvoir. Et je m'étonnais du même phénomène. Quand débutent les souvenirs chez les hommes et les femmes ? Que peut-on se souvenir, en pleine conscience, quand on a trois ans ?

En effet, chez une minorité de personnes, les souvenirs peuvent remonter jusqu'à trois ans mais, pour la plupart d'entre nous, il s'agit surtout de cinq à sept ans. Il semblerait que notre capacité à restituer des souvenirs stockés dans notre mémoire soit relié au langage et au développement du cerveau. Le langage, au fond, tout part de là. Heidegger ne disait-il pas que le langage est la maison de l'Être ? Le langage n'est pas un simple outil de communication, mais le moyen par lequel l'Être se déploie, c'est-à-dire le moyen par lequel nous accédons à notre propre existence. Pour revenir à la mémoire, on en déduit que plus l'enfant maîtrise tôt le langage, plus il peut formuler les souvenirs - du moins, pour les plus marquants d'entre eux - emmagasinées dans sa mémoire. Je ne sais pas trop quoi penser de cette hypothèse, moi qui connais un problème de langage - un problème d'élocution qui persiste toujours aujourd'hui - depuis que je suis tout petit. Chose certaine, je suis incapable de remonter avant l'âge de cinq ans, peut-être quelques bribes à partir de quatre ans, mais pas davantage.

Dans Rue Franchère, tout ne sera pas que souvenirs. Dans la première partie, si je peux parler de "partie", le récit s'appuie davantage sur les souvenirs de ma mère et de ma fratrie, cousines incluses. Par exemple, on comprend bien que je ne me souviens pas des événements autour de ma naissance. En pareil cas, c'est de la fiction… d'où le sous-titre d'autofiction, c'est-à-dire un genre littéraire qui met l'individu lui-même au cœur de la fiction. Pour cette raison, je ne peux parler ni de mémoires ni d'autobiographie, et encore moins d'autobiographie, pour qualifier Rue Franchère.

Peu importe ces considérations formelles, ce qui compte c'est que j'écris, que je transcrive par écrit ce que je suis en mesure de me souvenir.

Quelques sources sur la capacité des hommes et des femmes à se souvenir :


Daniel Ducharme : Semaine 4 - 2026-01-23
Mots-clés : #ecriture #manuscrit #mémoire #souvenir


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