26-03 D'autres disparus, interaction au centre commercial et sciences

D'autres disparus

L'année commence à peine que je dois déjà signaler deux autres décès… J'en avais recensé quelques uns en 2025 (voir mon billet du 1er janvier). J'espère de tout cœur que l'hémorragie va s'arrêter ici et maintenant.

Le premier décès est survenu en début de semaine. Il s'agit de de mon ami et collègue Marc Comby. Pendant longtemps, Marc fut l'époux de Lyne, une amie de longue date qui fait toujours partie du cercle que je fréquente à l'occasion. Je crois qu'il avait à peine 65 ans, donc plus jeune que moi de quelques années. Atteint d'une saleté de maladie dont je préfère taire le nom, il n'a pu être soigné à temps. Lyne l'a trouvé dans son appartement où elle s'était rendue, n'ayant pas de nouvelles de lui depuis deux jours. Une rude épreuve pour elle. Je ne voyais plus souvent Marc depuis que j'avais quitté mon emploi à BAnQ. Avant l'automne 2018, nous avions l'habitude de manger ensemble une fois de temps en temps. Des rencontres toujours agréables et des conversations riches en contenu. Une bien triste fin.

Le second décès est survenu le lendemain. Il s'agit de Mba Rashma, mon beau-frère Ali Mohamed Bacar, le mari de Hadidja, la grande sœur de mon épouse. J'aimais beaucoup cet homme avec qui j'ai passé du temps de qualité lors de mon dernier séjour aux Comores en août 2016. Je l'ai revu ensuite à Bordeaux au printemps 2019. Je sais que son état de santé s'était aggravé ces dernières années. Des problèmes de cœur doublés de complications respiratoires. Ces derniers mois, il semblerait qu'il vivait avec une bonbonne d'oxygène à portée de main. Je me souviens de nos conversations à Ouani, à la tombée de la nuit, assis tous les deux devant sa maison. Il m'avait alors longuement parlé de sa jeunesse, des bêtises qu'il avait faites, de ses choix ultérieurs, de ses enfants, de sa vie en général, quoi. Jamais il ne m'a fait sentir que j'étais étranger à la famille. Cet été-là, avec ma nièce Rashma, j'avais rendu visite à son père. De cette rencontre j'avais rédigé un texte publié dans un premier temps sur mon site Web avant de le joindre à mon dernier recueil de nouvelles publié en 2023 : Parfois je mange debout dans la cuisine. Après avoir lu ce texte, il avait pris la peine de me téléphoner pour me remercier. Il est mort, donc, nous laissant avec le chagrin causé par sa perte dont il faudra bien se résoudre. Qu'il repose en paix.

Au centre commercial

Une dame à côté de moi parle fort. Entourée d'un groupe de quatre ou cinq personnes, son auditoire, elle affirme sur un ton péremptoire qu'il faut éviter d'avoir de l'argent sur soi pour en faire usage. Je m'attendais au discours habituel sur la sécurité des personnes âgées, des gens tellement vulnérables, tellement débiles qu'ils se font arnaquer au moindre mouvement. Mais non, il ne s'agissait pas de ça. En fait, le cœur de son discours reposait sur une hypothèse sanitaire, pratiquement une mesure de santé publique. L'argent est sale, qu'elle disait aux petits vieux, aux petites vieilles, qui l'écoutaient avec attention. Pas sale au sens figuré, mais au sens propre. Selon elle, chaque pièce de monnaie, chaque billet de banque, drainait avec elle, avec lui, une quantité impressionnante de micro-organismes, de bactéries susceptibles de transmettre des maladies. Se laver les mains ne suffit pas.

-- Que faut-il faire alors, a demandé un petit vieux coiffé d'un casque de type aviateur, même si la température était au-dessus de zéro aujourd'hui.

-- Ce qu'il faut faire, a repris la dame, c'est simplement de plus utiliser d'argent liquide, mais seulement ses cartes bancaires, débit ou crédit. Même pour des petites sommes.

Les petits vieux ont eu l'air d'être en accord avec cette hurluberlue, comme si nous n'étions pas - de toute façon - envahis par des micro-organismes de toutes sortes. Des poignées de porte de notre appartement jusque dans nos draps. Sans compter les joueurs de pétanque qui manipulent des boules ayant passé par plusieurs mains. Que faire ? Deux choix s'offrent à nous : soit on peut vivre dans un état d'aseptisation maximal en se procurant un purificateur d'air, en recourant à un service quotidien de nettoyage, en achetant une multitude de produits tous aussi chimiques les uns que les autres, etc. ; soit on apprend à vivre avec notre environnement, tout en appliquant des mesures d'hygiène raisonnables, comme se laver les mains quand on rentre de l'extérieur, laver ses draps de temps en temps, etc. À vous de faire la part des choses. Mais les micro-organismes et les microbes de tout acabit, on n'en viendra jamais à bout, et ça c'est une certitude…

Quant à l'argent en liquide comme tel, il convient d'en avoir une certaine quantité sur nous. Sans être paranoïaque, l'idée d'être pisté à travers la ville pour la moindre dépense ne m'est pas agréable. Alors, les dépenses d'épicerie peuvent être réglées par carte bancaire, mais le café chez Tim Hortons, on peut le payer en argent comptant et trébuchant.

J'ai terminé mon café, justement. Je me lève en abandonnant ces petits vieux et ces petites vieilles à leur triste sort, en compagnie de la guru aseptisée.

Sciences

Depuis la Pandémie, d'aucuns ne cessent de clamer haut et fort qu'il faut écouter LA science, comme s'il n'y en avait qu'une, comme s'il s'agissait d'un bloc monolithique qui nous ferait avancer, main dans la main, vers la Vérité. Il va de soi qu'il faut écouter les scientifiques, je ne prétendrai jamais le contraire, moi qui me considère comme un homme de savoir. Mais je ne crois pas qu'on puisse parler de la science au singulier. Il serait plus sage de parler DES sciences, lesquelles sont animées par une communauté scientifique qui, en fonction des institutions, des cultures et des pays, tient un discours rarement homogène, pour ne pas dire contradictoire.

Récemment, j'ai décidé de m'abonner à la newsletter de Science Alert. Si cela vous intéresse, vous trouverez le lien ci-après : Science Alert

Chaque jour je reçois un message avec différents liens, pointant sur différents sujets. Personnellement, je m'intéresse à tout ce qui a trait aux découvertes archéologiques, sans doute en raison d'une déformation professionnelle. Mais on traite de tous les domaines scientifiques, de l'astronomie à la santé en passant par les sciences comportementales. C'est très intéressant, mais il faut se méfier : dans deux articles sur trois - une évaluation absolument non scientifique -, les auteurs font l'usage du conditionnel, surtout en matière de santé. En voici des exemples concrets : adopter la marche d'un bon pas pourrait retarder le cancer de ceci, manger du brocoli pourrait faire reculer le cancer de cela, consommer régulièrement des produits laitiers pourrait retarder l'apparition des signes de démence chez les personnes âgées, etc. Parfois je me dis que si nous décidions de suivre toutes les recommandations, de manière à se prémunir contre plusieurs cancers et autres maladies, nous mangerions un peu n'importe quoi, nous boirions toute sorte d'infusion, nous ferions de la marche rapide, etc.

Bref, il va de soi que bien manger, faire un peu d'exercice et dormir à des heures raisonnables ne peuvent que favoriser une bonne santé. Inutile de suivre de près les scientifiques pour savoir ça…


Daniel Ducharme : Semaine 3 - 2026-01-16
Mots-clés : #amitié #nécrologie #sciences #tranchedevie


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